Exposition "Le Vieux-Lyon a du talent"


Photographies d’Yves Neyrolles,
du 18 novembre 2016 au 31 janvier 2017

Fondée en 1946, à l’origine du classement du Vieux-Lyon en secteur sauvegardé et à l’inscription de Lyon au Patrimoine Mondial de l’Unesco, la Renaissance du Vieux-Lyon célèbre son 70e anniversaire avec tout le Vieux-Lyon, en associant habitants, artisans et commerçants, c’est-à-dire tous ceux qui font vivre ce quartier remarquable.
Cette exposition prolonge la thématique développée en 2014 au cours des manifestations qui ont marqué le 50e anniversaire du classement des trois quartiers (Saint-Paul, Saint-Jean, Saint-Georges) en secteur sauvegardé, le tout premier en France : « sauvegarder le Vieux-Lyon, le garder sauf, le garder vivant ».
Elle met l’accent sur le rôle de commerçants, d’artisans et d’artistes qui ont choisi le Vieux-Lyon pour y développer leurs activités. Dans leur diversité, ils ont le souci de se montrer à la hauteur du cadre dans lequel ils exercent, proposant « le melhor… avant et avant », comme dans la devise de la Ville.
Le photographe Yves Neyrolles, qui habite ici depuis 1975, porte un regard attentif sur ces « acteurs » le plus souvent discrets, dont la présence contribue pourtant à modeler, voire à moduler l’« esprit du lieu », apportant une touche complémentaire à la singularité même de ce quartier.
La Renaissance du Vieux-Lyon vous invite à parcourir cette vivante galerie de portraits.
Si vous souhaitez approfondir votre approche, n’hésitez pas à flasher les QR code pour lire, sur votre smartphone, les pages virtuelles qui accompagnent chacun des 21 panneaux de cette exposition : vous ferez ainsi plus ample connaissance avec tous ces « acteurs », découvrant leur histoire, leurs adresses, leurs sites, etc. et toutes sortes de raisons d’aller à votre tour à leur rencontre.

Les 21 panneaux de l'exposition "Le Vieux-Lyon a du talent"

Panneau n° 01

avec Zacharia El Hadj Mimoune et Xavier

Zacharia El Hadj Mimoune, opérateur de quartier.

Je travaille depuis juillet 2016 pour la Régie de Quartier 124.Services, en lien avec Lyon Métropole. Je fais partie d’une équipe chargée de la propreté générale des rues, des places, des traboules conventionnées.

Je dispose d’un chariot équipé d’un sac poubelle, d’une pelle, d’une pince « macdo » qui me sert à saisir les petits détritus, d’un balai « piassava » (un balai de cantonnier) pour les parties extérieures et d’un balai « coco » pour les parties intérieures.
Je dois veiller à ce que le quartier reste constamment propre et accueillant et signaler aux services techniques la moindre présence d’éléments perturbateurs, comme des encombrants abandonnés dans une traboule ou dans la rue, des rats sortant d’une cave et, éventuellement, des squatteurs dérangeant la vie des habitants. La tâche est parfois rude et n’est jamais finie. Chaque jour, il faut tout recommencer.
Mon vœu est qu’il y ait plus d’écoute, de solidarité et de respect entre tous ceux qui se croisent dans ce quartier pour que celui-ci reste vraiment l’un des plus agréables de la ville.

Xavier, fleuriste, Aux Azalées,

17 rue Saint-Jean 69005 Lyon, 04 78 37 17 84
J’ai choisi de venir rue Saint-Jean pour être au centre de Lyon. Le quartier était alors très populaire. La Ville, voulant le modifier, il était « minoré ».
Je pense que ce n’est pas le Vieux-Lyon qui a apporté quelque chose à mon activité, mais que ce sont plutôt les artisans et les commerçants de cette époque qui ont apporté au Vieux-Lyon. Un fait majeur, selon moi, a été la disparition petit à petit des galeries et des artisans d’art.
L’évolution du quartier, avec le souci de valoriser l’architecture ancienne, a donné plus de visibilité à mon commerce. Mais aujourd’hui, il y a trop de tourisme. Je déplore également la présence récente de l’extrémisme.
Cependant, je ne regrette pas d’être venu travailler ici : ce quartier est exceptionnel et, si je devais choisir de nouveau, c’est dans le Vieux-Lyon que je viendrais.
Je n’ai que très peu de relations avec la Renaissance du Vieux-Lyon, mais je considère que son action est importante pour la défense de ce quartier.

Panneau n° 02

avec Philippe Droulez, Didier Dromard, Frédéric et Jocelyne Prost et Isabelle Bouland

Philippe Droulez, gérant du « Petit Casino »

11 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 78 37 17 26 
Mon installation dans le Vieux-Lyon remonte à 1986 pour le commerce et à 2003 pour le logement. J’ai choisi de travailler ici, parce que ce quartier piétonnier était à mes yeux comme un « petit village ». Par la suite, j’ai accepté d’occuper l’appartement de fonction lié au commerce, ce qui représentait une indéniable commodité pour mon travail.
À cette époque, le Vieux-Lyon était encore un vrai « petit village » en centre ville, agréable à vivre et d’une très belle architecture. Avec les années, j’ai pu observer un changement de clientèle. 
Le tourisme s’est peu à peu développé, avec des conséquences pas forcément agréables pour le commerce et pour la qualité de vie des habitants. Mais je resterai à mon poste jusqu’à ma retraite. Ensuite, je choisirai de vivre dans un endroit plus calme.
Je ne me sens pas vraiment concerné par l’avenir du Vieux-Lyon. Sans bien connaître cette association, je suppose que c’est le rôle de la Renaissance du Vieux-Lyon que de sauvegarder l’histoire de ce quartier et le préserver.
Ce qui m’a le plus marqué, ce que je retiens est, sans doute, la fête des lumières.

Didier Dromard, agent de résidences à Lyon Métropole Habitat pour des immeubles de la rue Saint-Jean et de la place du Change,

C’est en 2012 que je suis venu travailler dans le Vieux-Lyon. En traînant des pieds. Auparavant, j’avais en charge la barre 234 de La Duchère, où je me plaisais bien. Lorsque la décision de démolir ce bâtiment a été prise, j’ai été muté dans ce quartier et il a fallu à mon ex-responsable un grand talent de persuasion pour me faire accepter ce nouvel emploi : assurer l’entretien et la sécurité d’un certain nombre d’immeubles de type HLM en plein cœur du quartier historique de la ville. Le contact avec des gens très divers, habitants comme visiteurs, a fait le reste et, petit à petit, je me suis senti ici un peu comme chez moi, comme dans mon propre village, Francheville, où j’ai mon « nid », une petite maisonnette noyée de verdure.
Un événement particulièrement marquant dans ma nouvelle vie au service du patrimoine lyonnais a été la rencontre que j’ai faite en juin 2016 avec l’acteur Pierre Arditi et sa partenaire, Liza Pillu, pendant le tournage d’un épisode de Sang de la Vigne, un téléfilm produit par France 3. J’ai découvert non pas un acteur, mais un être humain simple et cordial, tout à fait ouvert au dialogue. Et puis, je me suis surpris à regarder tourner les scènes avec des yeux de gosse : je n’avais encore jamais vu ce genre de chose.
Je ne peux rien dire sur l’évolution du quartier, je manque réellement de recul. Mais je me sens adopté par les gens que je côtoie tous les jours, locataires, commerçants, artisans, visiteurs. Parfois, on m’interroge sur l’histoire de ce quartier, ce qui m’incite à m’instruire moi-même, à vouloir en savoir plus, piqué moi aussi par la curiosité. À présent, je sais que je veux bien rester ici et poursuivre un travail qui me permet de faire sans cesse des rencontres intéressantes.
Si l’avenir du Vieux-Lyon me préoccupe ? Oui et non. En tout cas, j’espère qu’il restera en l’état, qu’il ne sera pas dégradé.
Je ne connaissais rien de la RVL jusqu’à un samedi matin de juin 2016 où, pour donner un coup de main à mon ami Philippe, gérant du Casino, qui attendait un photographe, j’avais nettoyé toute la vitrine de son magasin. Le hasard m’a fait rencontrer le photographe en question qui, apprenant mon activité, m’a aussitôt demandé si j’acceptais de poser à côté de mon ami : c’était pour une exposition de la Renaissance du Vieux-Lyon qui s’apprêtait à célébrer ses 70 ans. C’est donc par Yves Neyrolles que j’ai appris ce qu’était cette association et le rôle qu’elle joue pour la sauvegarde d’un quartier que moi-même je commence à apprécier à sa juste valeur et pour lequel je souhaite ardemment qu’il reste intact et que les touristes, de plus en plus nombreux à parcourir ses rues, aient plus de temps pour pouvoir rencontrer ses commerçants et ses artisans : ils se frottent aux pierres et ne portent pas suffisamment d’attention vers ceux qui font vivre le Vieux-Lyon.

Frédéric et Jocelyne Prost, Tabac Presse L’Étudiant

12 place Saint-Paul, 69005 Lyon, 09 61 52 97 02 
Nous avons repris ce magasin le 1er octobre 2011, choisissant ce quartier pour sa qualité de vie, mais nous n’y habitons pas, résidant déjà dans un quartier ancien.
Nous manquons de recul pour nous prononcer sur l’évolution du Vieux-Lyon.
La bonne impression que, d’emblée, le quartier Saint-Paul nous a faite s’est confirmée et se confirme tous les jours grâce aux rencontres que nous avons avec des anciens qui évoquent les bons moments passés ici. Nous souhaitons, bien sûr, y rester et voir les choses continuer.
C’est par notre clientèle que nous avons fait la connaissance de la Renaissance du Vieux-Lyon. Les actions de cette association nous semblent utiles pour le bon sens de ce quartier et pour sa conservation.

Isabelle Bouland, Grande Pharmacie Saint-Paul

2 rue Octavio Mey, 69005 Lyon, 04 78 28 16 35, isabellebouland@offisecure.com 
C’est en 1998 que j’ai fait l’acquisition de la Grande Pharmacie de Saint-Paul. J’avais choisi cet emplacement pour son côté historique et vivant.
Le Vieux-Lyon n’est pas un musée. Il sait conserver les nombreuses familles qui y vivent et y travaillent. Sa gare est de plus en plus passante. On y trouve beaucoup d’écoles. La pharmacie est fréquentée par une clientèle sédentaire fidèle, mais aussi par des gens de passage, notamment des touristes.
J’apprécie particulièrement la Fête des Lumières, avec la mise en valeur de la gare. La vie quotidienne n’est cependant pas sans défaut. Mis à part les boulangeries, le quartier n’a, pour ainsi dire, plus un seul commerce de proximité. J’ai vu se fermer la superette de ma rue. Aussi, je souhaite qu’à l’avenir il y ait un juste équilibre entre les commerces dédiés à la vie quotidienne et les lieux festifs.
J’ai découvert l’existence de la Renaissance du Vieux-Lyon par des adhérents. J’ai suivi, en 2014 une balade découverte du quartier que cette association avait organisée. J’apprécie son action pour la préservation du patrimoine et de la vie du quartier.

Panneau 03

avec Marc Fauci, Thierry Fournier et Jean Luc Wesolowski

Marc Fauci, Grande Boucherie de Saint-Jean

3 rue Mgr Lavarenne, 69005 Lyon, 04 78 37 37 84, efauci@aol.com 
Nous sommes présents dans le Vieux-Lyon depuis février 1999. Le fonds était en vente. Nous avons conservé l’enseigne, nous inscrivant dans une parfaite continuité de ce commerce.
Nous avons gagné ici de nombreux amis.
Ce quartier semble être propice au développement non seulement de l’activité, mais aussi des bonnes relations avec l’ensemble de notre clientèle. Nous ne regrettons pas d’être venus ici et nous souhaitons y rester le plus longtemps possible.
Comme pour la plupart de ses habitants, l’avenir du Vieux-Lyon nous préoccupe et nous espérons qu’une association comme la Renaissance du Vieux-Lyon joue bien son rôle pour la sauvegarde de ce patrimoine.

Thierry Fournier, Crèmerie Lyonnaise

11 rue Mgr Lavarenne, 69005.Lyon, 04 78 37 54 43
Mon installation dans le Vieux-Lyon est toute récente : juillet 2016. J’ai eu l’opportunité de reprendre un commerce existant et de succéder à Ludivine Rinoldo, qui l’exerçait depuis 2008. L’histoire locale dit que l’implantation d’une crèmerie à cet endroit est beaucoup plus ancienne.
J’ai tout de suite adoré l’aspect «village» du quartier, où j’ai aussitôt bénéficié d’un accueil chaleureux de la part des autres commerçants et des habitants. La rue Mgr Lavarenne est une artère vivante, avec ses artisans, ses commerçants, ses restaurants et la proximité de lieux très touristiques.
J’apprécie les efforts accomplis pour embellir le quartier, le rendre plus attractif encore, mais je déplore le manque de visibilité de nos commerces, l’absence de signalétique aidant les visiteurs à se diriger vers les différents magasins, vers le parking ou le métro, ainsi que vers les principaux monuments.
L’avenir du Vieux-Lyon me préoccupe : c’est mon lieu de travail et de vie.
J’ai connu la Renaissance du Vieux-Lyon à l’occasion des 70 ans de sa création. Elle est venue à moi pour cette exposition et pour son Jeu-Concours (lots à offrir), mais je dois avouer que je ne sais pas quel est son rôle, ni dans quels domaines elle intervient, je n’ai pas assez de recul.

Jean Luc Wesolowski, Restaurant Les Adrets

30 rue du Bœuf, 69005 Lyon, 04 78 38 24 30
1971. L’armée. Besoin d’argent. Le soir, je fais des extras dans différents restaurants du Vieux-Lyon… Tombé très vite amoureux du quartier, habité alors par des communautés différentes : Italiens, Espagnols, Portugais, Polonais, Maghrébins… Plein de vie et de couleurs malgré les immeubles décrépits et noirs de crasse. Une population pleine de rires et d’échanges. Des chaises sur les trottoirs et des gens qui papotent jusque tard le soir…
Le Vieux-Lyon se rénove, les immeubles sont bien colorés, les voisins et les chaises ont disparu, remplacés par des touristes en short… Malgré tout, lorsqu’on y habite et qu’on y travaille, il reste ce côté « village », avec des gens que l’on croise, que l’on ne connaît pas mais à qui l’on dit bonjour car ils font partie de la vie du quartier.
Pour rien au monde, mes amis et moi ne voudrions en partir. Le saucisson que je cuis pour le repas des artisans, mes «amis – voisins – copains»… j’aimerais que cela dure encore : une vie de quartier comme il n’y en plus beaucoup. J’y vis, j’y travaille… et j’y crèverai.

Panneau n° 04

Famille Nardone, Philippe et Mireille Salles et Guillaume Daix

Famille Nardone (quatre générations de glaciers)

installée 26 quai de Bondy, 69005 Lyon, depuis 1929, SAS René Nardone 04 78 28 29 09, www.glaciernardone.com
Qui, dans le Vieux-Lyon, ou dans Lyon-même, ne connaît pas les Nardone ? Qui n’a jamais goûté, apprécié, leurs glaces artisanales ? René (3e génération) raconte :
« Après avoir longtemps voyagé, de ville en ville, dans une grande partie de l’Europe, la famille Nardone a fini par poser ses valises dans le Vieux-Lyon.
Pourquoi dans le Vieux-Lyon ?
Peut-être grâce à la démolition d’un immeuble qui a laissé place à la rue François Vernay, ou grâce à la proximité du « poumon alimentaire » de la ville, autrement dit le marché de gros du quai Romain Rolland.
Qui était le chef de famille à l’époque ?
Loretto Nardone. Il était dans le métier depuis 1899. Il est arrivé à Lyon en 1915, avec son épouse et ses huit enfants.
Votre grand-père ?
Oui. Mon père, Antonio, a pris la succession en 1929. Il ne s’est pas contenté, lui, de fabriquer et de vendre sur le quai de Bondy. Avec sa petite carriole, il s’installait souvent sur la place Bellecour, où il s’est fait connaître de nombreux Lyonnais. Avec mon épouse Michelle, j’ai repris l’affaire au début des années 70. Elle s’appelait encore « Trianon Glacier ». Mais ce n’est qu’à partir de 1980, que l’enseigne a porté mon nom.
Votre enfance à vous s’est donc déroulée ici, dans le Vieux-Lyon ?
Oui. Dans les années 40, nous, les gamins du quartier, nous faisions l’école buissonnière pour aller jouer à cache-cache dans le tunnel de Fourvière, celui qui part de Saint-Paul en direction de Loyasse. Il faisait office d’abri en cas d’alerte aérienne.
Qui aujourd’hui poursuit la tradition familiale?
En 2009, nous avons passé la main à nos filles, Armelle et Béatrice. J’espère bien que les Nardone continueront longtemps à « glacer » passionnément le Vieux-Lyon et toute la ville.
Comment avez-vous connu la Renaissance du Vieux-Lyon ?
Par l’intermédiaire du docteur Durand, médecin du quartier, qui était membre de l’association et la faisait connaître autour de lui en militant notamment pour la sauvegarde du patrimoine.

Philippe et Mireille Salles, pâtisserie À la Marquise

37 rue Saint-Jean 69005 Lyon, 04 78 37 89 85, contact@alamarquise.fr, www.alamarquise.fr
En 2013, nous avons fait l’achat de cette pâtisserie, historiquement connue des Lyonnais, qui existe depuis la fin du XIXe siècle. Pour nous, cela a été l’occasion de venir travailler dans un quartier vivant, avec une âme, un esprit village, et dont l’ouverture sur le tourisme crée une véritable dynamique. Notre clientèle est ainsi un mélange d’habitués et de visiteurs.
Parmi les évènements représentatifs de la vie de ce quartier, nous retenons, bien sûr, la Fête des Pennons. C’est une journée très agréable qui fait revivre l’histoire des quartiers lyonnais.
Nous avons la chance d’être installés dans une des plus belles demeures Renaissance du quartier, la Maison du Chamarier, dont l’architecture exceptionnelle représente pour nous un atout évident. 
L’histoire de notre commerce est d’ailleurs liée à celle de cette Maison. Quand, au milieu du XIXe siècle, les ouvertures en façades furent créées, c’était déjà pour abriter une pâtisserie. Nous nous disons que nous faisons partie de cette histoire et cela est très agréable.
Nous regrettons cependant de ne pouvoir proposer une consommation en terrasse qu’à partir de 11 h, les visiteurs étrangers ne comprennent pas cette règle. L’avenir du Vieux-Lyon nous préoccupe. Nous sommes très attachés au respect de son architecture et nous aimerions que Le Vieux-Lyon ne perde pas de son âme.
Nous avons fait la connaissance de la Renaissance du Vieux-Lyon en nous renseignant sur le quartier. Nous nous sommes présentés à elle dès notre installation. Mais nous ne connaissons pas assez son fonctionnement pour pouvoir apprécier son rôle.

Guillaume Daix, chocolatier

3 rue Louis Carrand, 69005 Lyon, 04 78 30 97 40, chocolatsdaix@gmail.com, www.chocolats-guillaume-daix.com
Nous étions à la recherche d’un local atypique, avec une histoire et un environnement uniques. Nous l’avons trouvé en septembre 2008. Cependant, même s’il se trouve dans un édifice classé, ce local avait besoin d’une réhabilitation complète. Les travaux ont duré jusqu’au printemps 2009.
Au cours des années, nous avons eu la confirmation que le Vieux-Lyon était bien adapté pour le développement de notre activité artisanale. Il reste difficile d’être installé en dehors des circuits touristiques. Beaucoup de Lyonnais ne viennent sans doute jamais dans ce quartier qui manque de boutiques d’artisanat et, plus généralement, de lieux artistiques, et qui semble trop tourné vers le tourisme. Il est également difficile de trouver une place pour sa voiture.
Malgré ces contraintes, nous nous sommes développés avec beaucoup de patience et de travail. Notre clientèle est à la fois locale, proche, extérieure à la ville et même internationale de par notre situation. Nous n’envisageons pas, après huit années, de quitter le quartier.
Lorsqu’on passe la majorité de son temps sur place, il paraît difficile de ne pas se préoccuper de ce qui s’y passe. Nous vivons donc avec intérêt l’évolution du Vieux-Lyon. Nous apprécions certains aménagements, comme l’élargissement des trottoirs, mais trop de voitures circulent encore. Notre rue, qui est une artère de traverse, devrait être piétonne. Cela changerait la vie du secteur et augmenterait son dynamisme.
Il y a une vie de jour et une vie de nuit. Les activités nocturnes ont un inconvénient majeur en ce qui concerne la propreté extérieure de notre commerce. Chaque matin, il nous faut procéder à un nettoyage complet. La rue Saint-Éloi, toute proche, peut être considérée comme un WC public. Du reste, il y a un manque criant de toilettes publiques dans l’ensemble du Vieux-Lyon, alors que le quartier est fréquenté, surtout la nuit, par des gens venus pour boire…
Nous avons connu la Renaissance du Vieux-Lyon dès notre arrivée pour la constitution du dossier de restauration de notre local, qui impliquait le regard des Bâtiments de France. Nous gardons des contacts plus ou moins réguliers avec elle, par exemple pour enrichir la documentation concernant l’histoire de notre rue.

Panneau n° 05

avec Thierry Frolin et Hervé Dworniczak

Thierry Frolin, ART-PEAUX

21 rue des Trois Maries, 69005 Lyon, thierryfrolin@orange.fr
Exposant régulièrement au Marché de la Création, qui se tient chaque dimanche matin sur la promenade du quai Romain Rolland, je cherchais un atelier à proximité. L’atmosphère du quartier, son ambiance « village », me plaisaient. En 1984, on m’a proposé un local qui me convenait, je me suis donc installé au n° 21 rue des Trois Maries avec beaucoup de joie et de confiance. Avec mon équipe, j’aime chaque jour ouvrir la porte de mon atelier-boutique, et y retrouver nos outils et nos odeurs de cuirs et de colles.
J’adore ce quartier ou tout le monde se connait et se dit bonjour. Je trouve ici une clientèle très intéressante venue des quatre coins du monde. La fréquentation touristique est évidemment un atout. Nous avons ainsi l’occasion de partager énormément avec les plus curieux d’entre eux à qui nous ouvrons volontiers les portes de nos ateliers pour une visite.
J’ai fait la connaissance de la Renaissance du Vieux-Lyon grâce à ma proximité avec le siège de cette association et aussi grâce à son Journal, mais je n’ai pas eu l’occasion d’avoir beaucoup de contacts avec elle. Je ne sais pas si elle joue un rôle important, mais son Journal à la couverture glacée est très reconnaissable.

Hervé Dworniczak, cordonnier

3 rue Mgr Lavarenne, 69005 Lyon, 04 78 37 10 20, WZK@free.fr
Je travaille ici depuis 1990. J’ai été d’abord employé d’une boutique « Talon-Minute », comme il s’en ouvrait beaucoup à cette époque. Mon patron espérait tirer de gros profits sans trop bouger de son tiroir-caisse, mais cela a tourné court, la viabilité n’étant possible que pour une seule personne, à condition que celle-ci s’investisse vraiment dans l’affaire, ce qui était mon cas. Depuis 1991, je suis donc maître à bord, et seul.
Ce quartier du Vieux-Lyon, je le trouve agréable et sympa, d’une grande richesse architecturale liée à son histoire. Cependant, j’ai été choqué de voir qu’on ait laissé se construire un immeuble comme le Clément V, près de la place Benoît Crépu, un tel immeuble ne me paraissant pas avoir sa place à un tel endroit. La réalisation du parking Saint-Georges a été un autre choc. Il faut dire que là, on n’avait pas attendu son ouverture pour supprimer un grand nombre de places de stationnement dans les rues avoisinantes, la rue Mgr Lavarenne en tout premier lieu. Aujourd’hui, je reconnais l’utilité de cette construction, d’autant plus qu’un certain nombre de mes clients peuvent y garer leur véhicule.
J’ai mis une bonne dizaine d’années avant de me constituer une clientèle suffisante pour me permettre de tirer profit de mon activité. Le bouche à oreille a bien fonctionné. Il y a, bien sûr, des riverains, mais ce sont surtout des Lyonnais provenant d’autres quartiers ou de l’extérieur de la ville. Mon client le plus lointain a été un Lyonnais parti à Boston, où il faisait taxi, avant de profiter d’une retraite dorée à Honolulu. Il s’appelait Marius. Il me téléphonait quelquefois pour s’assurer que j’étais bien toujours là. Tous les deux ans, je le voyais débarquer avec une provision de chaussures à refaire. Il ne m’appelle plus. Je crois bien que j’ai perdu là un de mes clients les plus chics…
Je n’envisage pas de quitter la rue Mgr Lavarenne, où je n’ai que des amis. Le renouvellement du bail va se faire en 2017. Je le signerai, sans doute pour la dernière fois.
Je n’ai pas l’esprit associatif, mais j’apprécie la Renaissance du Vieux-Lyon, je suis admiratif devant des gens qui, en plus de leur activité professionnelle, trouvent le temps de s’engager bénévolement comme ils le font pour défendre le riche patrimoine du Vieux-Lyon.

Panneau n° 06

avec Sylvie Nicollet et Cécile Féminier et Julien Vincent

Sylvie Nicollet et Cécile Féminier, restauratrices, Mère Fille Déco

21 rue du Bœuf, 69005 Lyon, 04 26 63 52 90 laboutique@merefilledeco.fr
Nous avons ouvert notre boutique en novembre 2009. Le local qui s’offrait à nous convenait parfaitement à notre petite entreprise. Et le quartier correspondait à nos attentes commerciales.
Nous avons découvert ici un quartier village aussi riche du point de vue humain que du point de vue architectural. Celui-ci nous a aussitôt émerveillées. La suite a confirmé le bon choix de notre installation : visibilité, essor et qualité du travail accompli.
Nous avons noté immédiatement la grande convivialité de la rue du Bœuf et l’accueil chaleureux que nous avons reçu de ses commerçants et de ses habitants. Le seul point noir est le stationnement : nous regrettons qu’il n’existe pas pour nous une autorisation similaire à celle accordée aux résidents.
Nous allons être malheureusement obligées de quitter bientôt le quartier. L’horloge du temps ayant tourné, l’heure de la retraite va sonner.
Nous avons connu la Renaissance du Vieux-Lyon en allant consulter ses archives pour mieux connaître l’immeuble du 21 rue du Bœuf. Nous gardons le contact avec cette association dont l’action nous semble primordiale pour la conservation du patrimoine, la surveillance de l’entretien du « secteur sauvegardé », l’organisation de visites.
Notre vœu ? Il faudrait favoriser l’implantation de métiers d’art et, au contraire, limiter celle des glaciers, des restaurants (de bas de gamme, le plus souvent), afin de garder vivante l’âme de ce quartier.

Julien Vincent, ébéniste

4 rue de l’Angile, 69005 Lyon, 06 62 00 55 06, ebenisterievincent@hotmail.fr
La double opportunité de trouver un petit local vide et pas cher et de me rapprocher de mon ami Jean Colombo m’a conduit à m’installer dans le quartier Saint-Paul en 2001. J’y ai gagné aussitôt une plus grande facilité à établir le contact avec ma clientèle et j’ai eu très vite le sentiment de vivre ici dans un village au milieu de la grande ville. Ce que je retiens de cette vie, nouvelle pour moi, est l’organisation, par Jean, des repas d’ateliers qui se pratiquaient après guerre et qu’il a su remettre au goût du jour.
Nous nous rencontrons régulièrement entre artisans de disciplines différentes et, allant les uns chez les autres, nous maintenons un excellent contact entre nous.
Ce que j’apprécie le plus dans l’évolution du quartier est la piétonisation, qui amène une vie plus lente et donc plus agréable. Mais cela n’est pas sans poser des problèmes de stationnement pour nous autres artisans et pour nos clients, les miens venant le plus souvent de l’extérieur de Lyon.
Je souhaite que ce quartier préserve sa sérénité.
Je considère la Renaissance du Vieux-Lyon comme une institution même si, en dehors de cette exposition, je n’ai pas de contacts avec elle. Je pense qu’elle joue un rôle important pour le maintien d’un équilibre face à l’évolution toujours plus rapide de la société.

Panneau n° 07

avec Frédéric Jean et Annie Bonjour

Frédéric Jean, atelier galerie, cour de la Tour Rose

16 rue du Bœuf, 69005 Lyon, 04 78 42 84 83 – 06 81 08 33 30, photo.fjean@wanadoo.fr, www.frederic-jean.com
J’exerce mon métier ici depuis 1989. J’y habite depuis bien plus longtemps. J’aime ce quartier chargé d’histoire. J’aime son ambiance «village». L’évolution très positive du Vieux-Lyon m’a apporté un nombre croissant de visiteurs qui découvrent mon travail, celui d’un photographe du Vieux-Lyon et de Lyon, mais pas seulement puisque je voyage beaucoup et rapporte des images de mes nombreuses pérégrinations à travers le monde.
Le tableau flatteur que je me plais à faire du Vieux-Lyon ne m’empêche pas de déplorer quelques points sombres : la piètre qualité de certains commerces, le trop grand nombre de restaurants… Voilà des choses qui restent à améliorer.
Ce sont les guides qui m’ont fait connaître l’existence de la Renaissance du Vieux-Lyon, mais aussi Régis Neyret, qui fut l’un des premiers présidents de cette association. J’apprécie les actions de la RVL et, particulièrement, ses publications. >
Un vœu pour l’avenir ? Ouvrir au public d’autres cours aussi magnifiques que celle dans laquelle j’ai la chance de travailler, tout en veillant au respect de la tranquillité des habitants.

Annie Bonjour, encadreuse

13 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 78 389 06 48, anniebonjour@orange.fr
J’étais à la recherche d’un local pour exercer mon métier. Je l’ai trouvé rue Saint-Jean, là où j’exerce encore aujourd’hui. À cette époque, j’étais entourée d’antiquaires et d’artisans. J’ai rapidement choisi d’y habiter aussi pour être à proximité de mon travail. J’avais des enfants en bas âge.
Ce que j’ai apprécié alors, c’était la mixité sociale et le fait que le quartier restait à échelle humaine, avec de bonnes relations entre tous. 
Aujourd’hui, la masse que provoque l’essor de plus en plus grand du tourisme a pour effet d’éloigner ma clientèle. Je déplore aussi la saleté proliférante, un entretien insuffisant des rues. Je suis cependant satisfaite de vivre et de travailler ici. Je ne regrette pas mon choix initial, même si le quartier me semble à présent plus artificiel, les commerces traditionnels disparaissant au profit de boutiques de gadgets et d’une «mal-bouffe» certaine. J’espère bien demeurer dans le Vieux-Lyon jusqu’à la fin de ma vie. Je ne suis pas pressée ! J’ai connu la Renaissance du Vieux-Lyon dès mon arrivée dans le quartier. Je savais quel rôle elle jouait. J’espère qu’elle le joue encore !

Panneau n° 08

avec Ludovic de la Calle et Éliza Ploia et Signorino Leonardi

Ludovic de la Calle, Soierie Saint-Georges

11 rue Mourguet, 69005 Lyon, soieriesaintgeorges@gmail.com
Après vingt années passées à faire du tissage sur le plateau de la Croix-Rousse, j’ai eu le désir de découvrir un nouveau quartier. Le Vieux-Lyon s’imposait, avec sa forte identité et, surtout, comme berceau de l’activité soyeuse à Lyon depuis le XVIe siècle. Je me suis donc installé en 2002 dans ce qui avait été, un temps, une boulangerie.
J’ai eu aussitôt l’impression de vivre dans un village. Ne dit-on pas encore quand on traverse la Saône pour se rendre dans la Presqu’île : «Je vais en ville.» ?
Le Vieux-Lyon m’a permis de bénéficier d’une grande ouverture sur le tourisme international. Quitter un tel quartier ? La question ne se pose pas. La Renaissance du Vieux-Lyon est venue découvrir le travail traditionnel que je propose dans mon atelier.
Je considère qu’elle joue un rôle important pour la mise en relation des acteurs professionnels avec les habitants et pour la survie de la mémoire de ce quartier historique.

Éliza Ploia et Signorino Leonardi, La Soierie de Saint-Jean - Brochier Soieries

16 rue du Bœuf, 69005 Lyon, 09 81 83 18 70, www.lasoieriedesaintjean.com
En tant que dernière soierie lyonnaise et l’une des plus anciennes encore en activité aujourd’hui, nous avons ramené la soie dans son quartier d’origine, le Vieux-Lyon, un quartier qui s’est développé grâce aux banquiers commerçants durant les célèbres foires de la Renaissance et grâce au travail de la soie.
Nous retrouvons ici une vraie vie de village et profitons d’une architecture exceptionnelle, liée à une histoire aussi exceptionnelle. Nous avons le sentiment de partager, ou de prolonger, cette richesse historique à travers l’activité soyeuse. Pour permettre au public de découvrir celle-ci de façon vivante, nous invitons un éleveur, Bernard Perret, pendant la saison du mûrier, de mai à novembre, pour une fascinante exposition des différentes phases de la vie du ver à soie, depuis l’éclosion des chenilles jusqu’à la réalisation du cocon et l’émergence du papillon du cocon. Cette exposition est accessible librement tous les jours pendant les heures d’ouverture de la boutique.
Nous apprécions particulièrement les Fêtes Renaissance organisées par les Pennons d’aujourd’hui en écho aux heures glorieuses où les rois de France résidaient à Lyon.
Le tourisme s’appuyant sur l’Histoire nous semble être une bonne perspective pour le Vieux-Lyon. Recevant chaque jour des visiteurs du monde entier, nous nous rendons compte à quel point notre activité est appréciée. L’avenir de ce quartier, après 2000 ans d’Histoire, ne peut que nous préoccuper : c’est une affaire de gestion, de bonne gestion.
Nous avons fait la connaissance de la Renaissance du Vieux-Lyon par une de ses membres et en découvrant son Journal. Il nous est cependant difficile de dire si cette association joue un rôle important, le quartier étant tellement commerçant. Nous voyons que, de plus en plus, les visiteurs recherchent de l’authentique et nous pensons qu’il ne faut pas laisser aux trusts le privilège de leur force financière pour faire n’importe quoi.

Panneau n° 09

avec Mickael K, Stella Cardenas et Stella Stellina

SARL Mickael K Designer

7 avenue Adolphe Max, 69005 Lyon, 04 78 42 07 29, 
mickael.kdesigner@wanadoo.fr
J’ai ouvert une première boutique près de la place de la Trinité en 2003. J’habitais le quartier, que je considérais comme un petit village niché dans une grande ville, un vrai village où tout le monde connaissait tout le monde et où on s’entraidait.
C’est cette dimension relationnelle qui m’est restée et que je continue de développer en accueillant les gens dans ma nouvelle boutique de l’avenue Adolphe Max depuis ????.
Mes souvenirs les plus intenses sont les projections sur la façade de la cathédrale pendant la fête des lumières, autour du 8 décembre de chaque année.
Habitant et travaillant ici, heureux d’y vivre et d’y rencontrer beaucoup de monde, je n’envisage pas d’en partir.
L’avenir de ce quartier me préoccupe. Je ne voudrais pas qu’il perde de son authenticité.
J’ai entendu parler de la Renaissance du Vieux-Lyon par des habitants et des commerçants. Je crois, ou j’espère, qu’elle fait, ou qu’elle fera, tout pour la sauvegarde du quartier : par exemple, pour qu’il y ait toujours plus d’artisans que de restaurants.

Stella Cardenas, Stella Stellina, bijoux de créateurs

23 rue du Bœuf, 69005 Lyon, 04 78 85 68 55, stella@stellastellina.fr, www.stellastellina.fr
Je me suis installée dans le Vieux-Lyon en juillet 2015. Je recherchais un emplacement dans un quartier fréquenté et historique. Ce local était libre, après le départ de l’ébéniste Antoine Brac de la Perrière qui se sentait trop à l’étroit ici. J’ai aussitôt apprécié la grande luminosité du lieu et le potentiel que celui-ci m’offrait grâce à la proximité d’autres artisans créateurs qui, comme les habitants, m’ont chaleureusement accueillie. Au bout d’un an d’activité, je ne regrette pas d’avoir fait ce choix.
La fréquentation touristique me permet de vivre de mon travail que j’exerce sous les yeux du public. Cette fréquentation, très important, n’empêche pas qu’il règne ici une bonne ambiance de quartier. Je pense rester, sans doute, plusieurs années.
Je ne me sens pas particulièrement préoccupée par l’avenir du Vieux-Lyon. Je n’entretiens pas non plus de relations habituelles avec la Renaissance du Vieux-Lyon. J’ai été contactée par un de ses membres pour cette exposition. Je sais cependant le rôle important que cette association a joué pour la sauvegarde de ce quartier historique. Je connais moins les manifestations et les activités qu’elle organise.

Panneau n° 10

avec Gérard et Marie-Lise Pinot, Michel Pascal et Luc Vaganay

Gérard et Marie-Lise Pinot, Au Tapissier d’Antan

20 rue Lainerie, 69005 Lyon, 04 78 28 29 38 ou 06 10 35 39 36, marie-lise.pinot@orange.fr
Installés dans le Vieux-Lyon depuis 40 ans, nous avons assisté à l’évolution du quartier (transformation en zone piétonne, réhabilitation, classement par l’Unesco).
Le Vieux-Lyon dispose de nombreux atouts. Le fait d’être une zone piétonne nous protège des bruits d’une circulation intempestive et favorise la déambulation des habitants et des visiteurs. Le classement en zone touristique d’affluence exceptionnelle permet l’ouverture des commerces le dimanche. C’est un lieu de passage et de convivialité incontournable.
Notre activité de tapissier (réfection de sièges, pose de tenture murale…) a évolué au fil des années. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur la tapisserie Jacquard : tapisseries murales, coussins, sacs et accessoires ; reproduction de tapisseries anciennes, mais aussi interprétation d’œuvres plus contemporaines (Kandinsky, Picasso, Miro…). Une visite dans notre boutique permettra à chacun de se faire une autre idée de la tapisserie.

Ne pas manquer de jeter un coup d’œil, dans notre vitrine, sur le personnage réalisé par notre ami Gilbert Pavaly, qui tenait L’Ateyer de Guignol de la place du Change, où il créait des marionnettes qu’il lui arrivait de faire jouer lui-même dans un castelet construit par ses soins : ce tapissier en miniature, à l’effigie du tapissier réel, est pour nous plus qu’un beau souvenir de l’ami disparu, c’est un petit chef-d’œuvre.
Le Vieux-Lyon n’est pas un quartier principalement commercial : on ne vient pas y faire ses achats comme dans la Presqu’île. Il est avant tout un quartier visité pour la singularité de son architecture. Nous indiquons toujours avec plaisir les cours et les traboules remarquables aux personnes qui nous interrogent, mais nous déplorons de ne pas avoir un Office du Tourisme dans notre quartier. Nous rêvons aussi d’une signalétique plus visible (pictogrammes en couleur) pour indiquer les
« trésors » à découvrir et nous souhaitons l’aménagement d’un véritable lieu de desserte des bus touristiques.
La Renaissance du Vieux-Lyon évoque pour nous un combat extraordinaire d’hommes et de femmes engagés et porteurs d’une notion « avant-gardiste » du patrimoine. Nous pensons particulièrement à Annie Neyret, que nous avons beaucoup côtoyée, et dont nous pouvons témoigner d’un engagement sans faille, d’une attention permanente, d’une grande bienveillance et d’un dévouement total. Nous lui disons un grand merci.

Michel Pascal, tapissier

33 quai Fulchiron, 69005 Lyon, 04 78 38 06 56 ou 07 60 70 38 77, azerti69@hotmail.fr
En 1976, un ami ébéniste m’ayant prévenu qu’un local était libre à côté de son atelier, je me suis installé au 33 quai Fulchiron. J’avais déjà travaillé pendant cinq ans chez Jean Badiou, rue Mandelot, pour mon apprentissage, lequel s’était poursuivi par un perfectionnement chez Jean Colombo, au 16 rue du Bœuf, où j’étais resté neuf ans.
Le lien entre habiter et travailler était important pour moi car je suis un « gone » de Saint-Georges. Ma clientèle n’est pourtant pas une clientèle du quartier.
Le développement du Vieux-Lyon est principalement propice au tourisme, pas spécialement à l’artisanat, surtout un artisanat comme le mien. Je suis malgré tout satisfait de vivre et de travailler ici, dans un quartier tranquille. Je quitterai mon atelier quand la retraite viendra et j’espère bien que Laurent, mon fils, qui déjà me seconde dans mon activité, prendra la suite de ma petite affaire. Si j’avais à choisir aujourd’hui un lieu pour m’installer, j’irais peut-être à la Croix-Rousse, un quartier que je trouve également très agréable et attrayant. Je ne me préoccupe pas vraiment de l’avenir du quartier : le site sera toujours là !
En dehors de cette exposition, je n’ai pas eu de contacts avec la Renaissance du Vieux-Lyon. Je pense qu’elle joue un rôle important dans tous les domaines. Mon vœu ? Pourvu que le quartier conserve ses artisans et ses commerçants !
« Mon enfance et ma vie entière résonnent dans ce quartier. Déjà enfant, je fréquentais l’école des Lazaristes et dès que la cloche sonnait, c’était au 14 rue du Bœuf que je me rendais, dans l’atelier de mon père alors artisan ébéniste. C’est donc tout naturellement qu’à mon tour, je me suis installé à côté, comme artisan tapissier.
Ce quartier, c’est mes racines, mais aussi l’arbre entier. Entre clients, voisins, confrères et amitié, toute ma vie s’est faite dans ce quartier qui m’a vu naître et qui me verra encore longtemps. »
Jean Colombo.

Luc Vaganay, ébéniste

105 rue Vendôme, 69005 Lyon, 04 78 52 36 63, lucvaganay@yahoo.fr
J’avais répondu à l’appel d’offre pour la restauration du mobilier classé monument historique du Palais de Justice Historique de Lyon. Quand la réponse positive est tombée,
j’avoue très sincèrement avoir été submergé d’une joie intense mais, en même temps, d’une certaine angoisse, au regard de la tâche colossale qui m’était demandée.
Imaginer un travail sur près de 1000 meubles, constituant environ 10 000 heures d’intervention, même étalées sur une durée de quatre ans, voilà qui représentait une mobilisation de tous les instants pour mes trois ébénistes et pour moi-même.
Louis-Pierre Baltard, qui avait souhaité une unité des détails entre l’architecture, le mobilier et la décoration du palais, avait dessiné la quasi totalité du mobilier, dont il avait confié la réalisation à plusieurs ébénistes lyonnais, dans des essences diverses : acajou de Cuba, noyer du Dauphiné, hêtre, chêne.
Le temps et l’usage intensif de ces meubles ayant causé des dégradations importantes, un gros travail technique a dû être entrepris pour leur restauration. Nous avons procédé au démontage complet des 330 chaises et fauteuils, au nettoyage des assemblages et au recollage des sièges. Il nous a fallu aussi reprendre ou refaire les parties sculptées, les têtes et les pattes de lions, par exemple.
Une restauration d’usage a été effectuée pour l’ensemble du mobilier : secrétaires, bureaux, tables, bancs, commodes, tout en respectant l’état d’esprit du concepteur, Louis-Pierre Baltard. 
Concernant les finitions, un protocole de patine a été établi après concertation avec Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques. De nombreux essais ont dû être réalisés avant d’obtenir la couleur, le reflet et la brillance qu’un tel lieu exigeait. Il nous fallait aussi impérativement nous mettre en harmonie avec les boiseries des différentes salles du palais. L’éclat du bois a été retrouvé une fois que nous eûmes éliminé les couches des vernissages successifs qui s’étaient superposées sur plus de 150 ans et qui avaient considérablement encrassé les sculptures, leur enlevant toute profondeur, toute nervosité. Quelle jouissance visuelle ce fut pour nous, à l’instant même du revernissage à la gomme laque, de revoir le bois donner toute sa couleur et sa beauté !

Panneau n° 11

avec Dany Cardelli, Monsieur Emanoylidis et Stéphanie Lefort

Disagn Cardelli, Souvenirs et Spécialités du Vieux-Lyon, Petit Musée de Guignol

6 rue Saint-Jean 69005, 69005 Lyon, 04 78 37 01 67, contact@boutiquecardelli.fr, www.boutiquecardelli.fr
J’ai choisi de m’établir ici en 1977 après avoir fait la découverte de ce beau quartier, un quartier où tout de suite je me suis sentie bien et dont j’ai apprécié l’ambiance particulière. J’y habite, parce que c’est beaucoup plus pratique de se trouver tout près de son lieu de travail.
Le Vieux-Lyon a su récompenser mon choix et m’a donné la possibilité de créer, de développer mon activité et de rencontrer des gens venant du monde entier. J’ai particulièrement apprécié le changement intervenu l’année suivant mon installation, avec la piétonisation de la rue Saint-Jean, à un moment où les immeubles et leurs espaces intérieurs, les cours et les traboules, faisaient peau neuve.
L’engouement touristique pour ce quartier conduit parfois à créer de regrettables effets de masse. Malgré cela, je n’envisage pas de repartir même si, d’un point de vue strictement financier, la Presqu’île me paraîtrait plus favorable.
L’avenir du Vieux-Lyon est une question qui me préoccupe comme elle peut le faire pour tous ceux qui aiment ce quartier. Mes souhaits pour l’avenir ? Que l’affluence toujours grandissante des touristes soit accompagnée de la mise en place de structures permettant d’assurer un accueil correct et digne. Tels qu’ils apparaissent aujourd’hui, les pavés sont plus qu’inconfortables, notamment pour des personnes handicapées. Il y a un manque de toilettes publiques et de bancs pour faire une pause. On manque aussi de verdure. Des petites navettes, ou un train touristique, seraient les bienvenus, tout comme un office de tourisme spécialement dédié au quartier le plus fréquenté de la ville.
J’ai découvert l’existence de la Renaissance du Vieux-Lyon dès mon arrivée, mais je n’ai pas noué de contacts particuliers avec cette association.

Fondation ASG - EMA / Musée des Automates

61 rue Saint-Georges, 69005 Lyon, 04 72 77 75 20, catherinem@museeautomates.com, www.museeautomates.com
L’installation dans le quartier Saint-Georges de ce qui est aujourd’hui la Fondation « ASG – La Renaissance des automates EMA de Saint-Georges », à l’origine dénommée « A.S.G. Déco-Center », date de 1946. À l’époque, seul un atelier de fabrication d’automates électromécaniques existait au 96 de la rue Saint-Georges. Cette activité était un véritable métier d’art, couvrant plusieurs domaines à la fois : la sculpture, la mécanique, le décor.
Notre fondateur, Monsieur Emanoylidis, s'est d’abord installé au 94 de la rue Saint-Georges, dans les locaux de l'ancien commerce de charcuterie que ses parents tenaient en 1920. Dans cette rue se côtoyaient beaucoup de petits artisans qui avaient à cœur d’exposer et de partager leur savoir-faire. De plus, la vie familiale y était très agréable. Tout le Vieux-Lyon d’alors se distinguait des autres quartiers de la ville par l’importance de son architecture et de son artisanat.
Notre musée a été créé en 1991, afin d’y exposer notre collection d’automates. 
L’attrait immédiat et toujours plus grand du public nous a incité à développer notre activité et à l’enrichir sans cesse de nouvelles vitrines animées. La consécration du Vieux-Lyon par L’Unesco a contribué à dynamiser ce quartier et notre propre activité, amenant la fabrication de nouveaux automates et de mécanismes plus complexes encore.
Mais, si l’on réduit le Vieux-Lyon à Saint-Jean, on se rend compte que le tourisme y a pris une proportion beaucoup plus importante que dans les deux autres quartiers, Saint-Georges et Saint-Paul. Il ne s'agit pas d'une légende mais bien d'un fait réel, surtout depuis le classement au patrimoine mondial. Nous regrettons ce déséquilibre et nous souhaitons un développement qui touche l’ensemble du Vieux-Lyon.
Tout comme nous, la Renaissance du Vieux-Lyon est un acteur du quartier. A ce titre, nous avons eu le plaisir d’échanger et de discuter à de nombreuses reprises. Nous sommes toujours restés en contact avec la RVL et nous pensons que son rôle est toujours important dans le respect des règles d'urbanisme, des liens historiques et de la promotion du Vieux-Lyon.
Nous rêvons d'un Vieux-Lyon totalement piéton et principalement orienté vers l'artisanat, depuis Saint-Paul jusqu'à Saint-Georges.

Stéphanie Lefort et le collectif Les Zonzons, Théâtre Le Guignol de Lyon

2 rue Louis Carrand, 69005 Lyon, 06 82 83 27 06, zonzons@guignol-lyon.com, www.guignol-lyon.com
Je n’habite pas, mais je travaille dans le Vieux-Lyon depuis 1998. J’ai choisi d’y travailler et d’y créer parce que … c’est là, dans ce quartier qui a vu naître Guignol, qu’est implanté le théâtre municipal voué à cette marionnette. Alors, forcément, bien sûr…
Passée la première impression d’un quartier très touristique (avec tous ces groupes qui déambulent et encombrent les rues … et moi j’aime bien marcher vite), il est impossible de ne pas se laisser toucher par la beauté des bâtiments, ni convaincre par l’histoire qui se lit sur les murs… En revanche, je suis plus réservée sur la qualité des commerces… Oups !
Ce quartier est indissociable de Guignol, c’est là qu’est née la marionnette et c’est là qu’elle continue, encore aujourd’hui, à « cogner le borgeois », à raconter des « gandoises » et à rassembler autour d’elle « gones » et « fenottes » de Lyon et d’ailleurs. Les visiteurs étrangers sont nombreux à connaître cette figure emblématique et à associer son état d’esprit positif à la ville de Lyon. Comme je dis toujours : « Guignol est lyonnais par sa naissance et universel par son public. »
Depuis l’inscription au patrimoine mondial du site historique, le Vieux-Lyon connaît une hausse significative de sa fréquentation, une reconnaissance internationale. Mais ce quartier est aussi un quartier jeune, avec des jeunes et pour les jeunes. Ça crée parfois quelques nuisances, il y a du bruit le soir, mais au moins c’est vivant ! Et puis, j’ai entendu quelques bons groupes de musique sur les marches du Temple de la place du Change. Des jeunes, encore eux !
Le Théâtre Guignol est un peu excentré et il y a peu de fléchage. La rue Louis Carrand a beau faire partie du Vieux-Lyon, on se sent parfois à l’écart. Dommage, par exemple, que ce Théâtre municipal ne soit pas mentionné dans les pages d’un magazine distribué partout dans le Vieux-Lyon…
Concernant les touristes, il y en a vraiment beaucoup, beaucoup, et de plus en plus. La quantité nuirait un peu à la qualité… La rançon du succès, sans doute. Je reste cependant très satisfaite d’exercer mon activité ici avec mes compagnons. C’est important de sortir de son travail en ayant toujours le nez en l’air pour admirer des façades magnifiques… Et puis, la Presqu’île est juste en face, de l’autre côté du pont, ce qui est très pratique pour assurer le quotidien plus terre à terre, les courses notamment.
Nous allons prochainement quitter le Théâtre. J’espère que la Ville aura la présence d’esprit de continuer à soutenir le Guignol de Lyon.
L’avenir d’un tel quartier ne peut que nous préoccuper. Pour y avoir exercé tant d’années, on s’y sent attaché. Travaillant pour le théâtre Guignol, il n’est pas possible de ne pas connaître la Renaissance du Vieux-Lyon, qui joue un rôle important pour l’histoire et la mémoire, pour le lien entre l’humain et le bâti, l’interpellation des politiques, une vigilance constante en faveur du bien-être des habitants.

Panneau n° 12

avec Frédérique Herbet et Chantal Cuyl

Frédérique Herbet, restauratrice de tableaux

27 quai Fulchiron, 69005 Lyon, 04 78 37 35 92 et 06 07 40 36 86,
atelierherbet@gmail.com
Je suis venue dans le Vieux-Lyon à l’occasion d’un changement d’atelier. Y travailler seulement, pas y vivre. J’aime ce quai. J’apprécie aussi le mélange de population. Même si je reste peu impliquée dans la vie du quartier, je reconnais à celui-ci une meilleure visibilité pour mon activité. Je ne vois donc pas pour quelle raison je partirai d’ici.
L’avenir du Vieux-Lyon me préoccupe, en particulier la nécessité d’une vigilance pour le soutien au patrimoine. De ce point de vue, la Renaissance du Vieux-Lyon me semble jouer son rôle pour rendre compte de l’activité d’un quartier vivant et non muséal.

Chantal Cuyl, restauration, conservation, création, dorure à l’ancienne, polychromie

30 rue Tramassac, 69005 Lyon, 04 72 41 75 13, chantal@cuyl.fr, www.chantal-cuyl.fr
Je suis installée dans le Vieux-Lyon depuis 1976, ayant trouvé un atelier qui me convenait. La beauté de l’architecture, découverte durant mon enfance avec mon père, l’ambiance italienne, les amitiés, les échanges entre artisans (alors plus nombreux) et avec le voisinage, le fait aussi d’avoir des horaires de travail improbables, tout cela m’a poussée à loger sur place. Vivre et travailler dans une sorte de village préservé, au cœur de la ville, c’était parfait.
Ce n’est pas vraiment l’emplacement qui m’a apporté un travail régulier. Le tourisme, quoique séduisant, n’implique qu’exceptionnellement mon activité de restauration. Le bouche à oreille est mon véritable outil de communication : c’est par là que je suis en relation avec des collectionneurs, des particuliers, certains venant même d’autres régions. Je bénéficie aussi de l’approbation et de la reconnaissance des Monuments Historiques, des collectivités et des associations de sauvegarde du patrimoine. Enfin, la détente et la confiance ressenties par les clients font que ceux-ci franchissent ma porte lors d’une flânerie ou d’une visite du quartier.
J’ai traversé quelques années au cours desquelles des chantiers m’ont éloignée de Lyon, mais je suis toujours revenue ici entre deux absences prolongées. J’ai eu plusieurs adresses, à la limite des quartiers Saint-Jean et Saint-Georges. Présentement, je suis au 30 rue Tramassac, non loin de la cathédrale, au pied de la colline de Fourvière, là où quelques artisans se côtoient un peu à l’écart du flot touristique. J’occupe un appartement que je n’envisage pas de quitter.
J’ai connu la Renaissance du Vieux-Lyon par Bernard Birot, les Neyret, Annick Lioud, Véronique Nether et d’autres, des personnes actives et sincères. Je suis membre de l’association dont je suis les actions pour la préservation du quartier. Un effort particulier me semble nécessaire pour maintenir le qualitatif et l’humain. Les loyers, assez élevés, contribuent à une sélection certaine des habitants.

Panneau n° 13

avec Joëlle Sévilla et Philippe Carry

Joëlle Sévilla, Acting Studio, Le petit jeu de Paume - Théâtre

10 rue Juiverie, 69005 Lyon, production@acting-studio.com, www.acting-studio.com
Je suis venue dans le Vieux-Lyon en 1995. Comédienne, j’étais souvent en tournée. J’ai voulu arrêter et « monter » quelque chose dans ma ville. J’ai choisi le Vieux-Lyon, parce que c’est un quartier exceptionnel. Ce qui m’impressionne en tout premier lieu, c’est la richesse de son passé. Je viens, du reste, d’acheter un appartement rue Saint-Georges. Je me rends régulièrement aux Archives pour explorer cette richesse, étudier l’histoire de ce passé.
Mon implantation rue Juiverie correspond aussi à un désir de retrouver les traces de Molière, qui a été présent plusieurs années à Lyon et, plus précisément, de ce côté de la Saône, à Saint-Paul. C’est dans un jeu de paume de ce quartier qu’il a joué sa première pièce personnelle, L’Étourdi. C’est donc tout naturellement que la boutique du rez-de-chaussée, transformée en théâtre, porte le nom de « petit jeu de Paume ». Mon école, l’Acting Studio, prolonge celle du Trancanoir de Maria Lhande et du Petit Théâtre de Poche de Janine Berdin.
J’envisage de rester ici, je ne trouverai jamais l’équivalent dans un autre quartier.
Le Vieux-Lyon demain ? Grâce à son double classement (secteur sauvegardé et Unesco), il ne bougera pas beaucoup. Je pense qu’il est bien protégé.
J’ai connu la Renaissance du Vieux-Lyon grâce à sa réputation. Elle joue un rôle important pour la protection d’un quartier qui mérite véritablement qu’on entretienne sa très riche histoire. Je trouve que les Lyonnais ne connaissent pas assez celle-ci.

Philippe Carry, l'Horloger de Saint-Paul

20 rue Juiverie, 69005 Lyon, 04 78 28 89 29, pcarry@adeli.biz
www.annuaire-metiersdart.com
www.linkedin.com/in/philippe-carry-l-horloger-de-saint-paul-48352b50
La famille de mon grand-père - et donc mon père - vivait à Saint-Georges. Les souvenirs d'enfance sont coriaces ! C’est par nostalgie et surtout par amour pour un quartier qui m'habite depuis toujours que je suis venu exercer ici un métier appris en Savoie.
En 1987, lorsque Bertrand Tavernier m'autorisa à appeler mon atelier d'horlogerie ancienne du nom de son film, je m'installai rue Juiverie, à Saint-Paul, le quartier Saint-Georges ayant à l'époque l'air trop abandonné pour y ouvrir un commerce !
Le local que je trouvais au rez-de-chaussée de la Maison Henri IV me semblait parfaitement convenir à l'exercice de mon activité, à deux pas du lieu historique du tournage, en 1973, de L'Horloger de Saint-Paul.
Le Vieux-Lyon est un véritable miracle quand on songe au nombre de vies qu'il a fallu pour produire un tel assemblage de beauté, une telle richesse architecturale en ces lieux hors du temps qui constituent, au fond, l'âme de Lyon. 
Pour moi, il y a un lien entre le vivre et l'en vivre, entre l'humain et la responsabilité de l'entreprise qui ne peut se détacher de ce que représente le quartier ancien en terme de richesse sociale et historique. C'est quelque chose que je ressens viscéralement, ayant l’impression de me trouver dans une intime conjonction entre l'histoire et les habitants, celle de vivre dans une Babel architecturale et humaine. Cette diversité me plaisait. Je me trouvais au cœur d’un village où tout pouvait arriver : les rencontres, les histoires, les bonheurs, les malheurs... Mais c’était bien une ville aussi, une ville populaire et un peu sale, voire glauque, dans l’ambiance de laquelle je me délectais alors ! Tout enfant, ma mère nous emmenait à la Gare Saint-Paul et je garde en mémoire les façades délavées, grises, avec des pigeons partout…
Le Vieux-Lyon a été et reste ma première « vitrine », avant celle de mon métier. Aujourd’hui encore, je pense qu'il ne pouvait y avoir de meilleur emplacement pour exprimer mon art et en vivre.
La création, en 1990, de l'association « Accordons nos Vieux-Lyon », regroupant les commerçants, artisans et habitants de la rue Juiverie, a été le point de départ d’une extraordinaire aventure humaine et économique. Pour la première fois, nous faisions la preuve que l'installation des restaurants dans le quartier n'était pas un phénomène irréversible.
Une autre belle aventure a été, pour moi et pour mes confrères horlogers (notamment la famille Desmarquet), la réalisation et la mise en place au fronton du Temple du Change de l’Horloge et du Cycloscope de Soufflot, à l’occasion du passage à l’an 2000. Symboliquement, nous faisions entrer Lyon dans un autre siècle, tout en entrant nous-mêmes dans l'histoire du Vieux-Lyon, comme si le passé se mettait à revivre ! C’était aussi une manière de rappeler que le quartier ancien fut érigé dans l'amour par les maitres de différents métiers et que leurs héritiers d’aujourd’hui le préservaient d’une certaine culture dominante, marquée par l'uniformisation galopante et le tourisme effréné.
Depuis mon installation, j’ai pu suivre au jour le jour l’évolution du Vieux-Lyon. J’apprécie particulièrement l'amélioration de la qualité de vie, d'accueil et d'accès ; la piétonisation ; la restauration des « maisons » ; la richesse associative ; la qualité des événements culturels ; les rencontres et la diversité sociale ; la « mise en scène » du patrimoine au quotidien par ses habitants, ses commerçants... et le développement économique.
Mais je déplore l’essor d’un tourisme non respectueux de l'environnement habité, comme l’arrivée et l’installation récentes de « groupuscules radicaux » qui piratent le patrimoine du Vieux-Lyon à des fins idéologiques. Je regrette que ce quartier paraisse dédié à la restauration et au tourisme de masse. Cependant, je n’envisage pas d’en partir. L’avenir d’un tel trésor me concerne. Nous devons tout faire pour que le tissu associatif, social, culturel et économique, patiemment bâti ici, résiste au déséquilibre provoqué par ces différents « dangers » et permette au Vieux-Lyon de continuer à rayonner, d'apporter de la beauté au monde et d'en recevoir.
J’ai fait la connaissance de la Renaissance du Vieux-Lyon peu de temps après mon installation, rue Juiverie. J’y ai vite adhéré. Je participe à ses combats pour la préservation d’un patrimoine exceptionnel, pour la sauvegarde de la qualité de vie des habitants, pour l’ouverture sur les autres quartiers de la ville, pour l’inscription du site historique de Lyon sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Je n’oublie pas que cette association d’envergure sur le plan historique et patrimonial est aussi un comité d’intérêt local, un CIL. De ce point de vue, je souhaiterais que des mesures soient prises pour permettre l'accès au Vieux-Lyon à des activités commerciales plus diversifiées (stop à la mono activité !) et pour favoriser l'accès à la propriété aux artisans et aux commerçants de proximité, afin de pérenniser leur installation.
S'il fallait ne dire qu'un mot à la Renaissance du Vieux-Lyon : Merci !

Panneau n° 14

avec Jo, Claire Dulac et Serge Boissat

Jo, Librairie Hérodote

34 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 78 92 90 63
J’habitais déjà le quartier, au 11 rue Saint-Jean, quand j’ai appris que la rue Saint-Jean allait devenir piétonne. Dans les années qui ont suivi, j’ai déménagé mon activité de la Croix-Rousse, parce qu’une rue piétonne est idéale pour un bouquiniste. Pour moi, le lien entre travailler et habiter était secondaire parce qu’un commerçant privilégie son commerce, ou alors il n’est pas commerçant.
À l’époque, le quartier était très interlope, avec un épicier « défoncé » à 18 h, des prises de « shit » à tous les étages… Il était aussi plus pittoresque. Acheter un camembert chez les sœurs Chabert (50 rue Saint-Jean, l’actuelle adresse de la Renaissance du Vieux-Lyon – ndlr) méritait une médaille. Je l’ai fait. Certains bistrots étaient franchement dangereux et les tirs au pistolet n’étaient pas rares.
Le Vieux-Lyon m’a apporté des clients, c’est déjà pas mal. Et une notoriété nationale et internationale – sans dépenser un kopeck !
Ce que je regrette aujourd’hui, c’est la fermeture de nombreuses traboules. Mais je comprends les habitants.
Je n’envisage pas d’arrêter mon activité avant l’heure de ma retraite. Au fait, j’ai déjà dépassé l’âge ! Je partirai, un jour ou l’autre, comme tout le monde. S’il me fallait quitter le Vieux-Lyon, j’irais volontiers à Corbas, comme je le faisais depuis Vénissieux où j’ai passé mon enfance, pour voir les avions. Mais, à la fin, c’est monotone. Mieux vaut rester rue Saint-Jean, seul quartier de Lyon où on trouve des pigeons et des moineaux.
Je regrette que le seul arbre de la rue Saint-Jean, un bel acacia, n’ait pu être sauvé. J’espère qu’il sera remplacé et qu’on plantera d’autres arbres rue du Palais de Justice.
L’avenir du Vieux-Lyon ne me préoccupe pas. Tous les moments historiques ont un avenir, ne serait-ce qu’en souvenir : Jardins de Babylone, Colosse de Rhodes, Temple de Diane, etc.
C’est la première fois que j’ai un contact avec la Renaissance du Vieux-Lyon. Celle-ci devrait se jumeler avec Amsterdam (je me suis souvent rendu aux Pays-Bas quand j’habitais le quartier), Utrecht, Prague, Dubrovnik, la Casbah d’Alger, Florence, Venise, etc., et créer une Internationale des Vieux-Quartiers ! Le rôle d’une association comme celle-ci doit être la préservation de ce qui a été conservé : le Temple a besoin de gardiens du Temple ! Même si l’avenir du Vieux-Lyon ne me préoccupe pas vraiment, je trouverais intéressant qu’avec les Archives Municipales et, peut-être, Gadagne, la RVL organise une exposition sur ce thème. Il serait également intéressant de montrer, dans une exposition, le personnel des bars, des restos, ceux qui ne passent jamais dans Lyon People. Il y a du boulot pour les Doisneau d’aujourd’hui. Qui a photographié Marie, du Tabac Journaux du Palais, quai Romain Rolland ?

Claire Dulac, Librairie Diogène

29 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 78 42 29 41, contact@librairiediogene.fr, www.librairiediogene.fr
J'ai toujours aimé les livres. Je lis beaucoup. Et j'aime aussi le livre comme objet. J'ai rencontré Christian Avon, le fondateur de la librairie. Il cherchait, avec ses associés de l'époque, quelqu'un pour développer les ventes par correspondance. L’internet n’existait pas encore. Le lieu et le travail m'ont plu. Je suis restée.
À la fin des années 1990, Christian s’est retiré et j’ai fait partie de la nouvelle équipe gérant la librairie. Nous étions quatre : Lionel Brabant, Jacques Malherbe, Benoit Pierron et moi. Il y a deux ans, nouveau changement, avec le départ de mes acolytes et l’arrivée de Laurent Debeuf, qui venait du Père Pénard, à Saint-Georges, et de Gaynor Nicoud. Nous poursuivons la belle aventure de cette librairie pas comme les autres, habitant pour ainsi dire un véritable « continent de volumes », publiés à toutes les époques depuis que l’imprimerie existe et qu’elle a fait de Lyon une de ses places fortes pour l’édition et la diffusion de l’écrit.
Ayant habité le quartier pendant plus de vingt ans, j’ai assisté à son évolution. Ce que j’en retiens ? D’abord, le départ de nombreux artisans et de commerçants indépendants qui ont fait place de plus en plus à des magasins de « chaînes ». De ce point de vue, le quartier s’est banalisé. Ce phénomène n’est pas propre à Lyon. Les centres anciens de la plupart des grandes villes connaissent cela. En même temps, l’ouverture progressive du quartier au monde a contribué à développer le vivier de notre clientèle. La réputation de Diogène est grande, nous nous efforçons chaque jour de l’entretenir.
Je ne me sens pas particulièrement préoccupée par ce que sera le Vieux-Lyon demain. Il suivra le cours de son histoire. Cela fait longtemps que l’on déplore certaines nuisances attachées à ce quartier. Je veux parler de la vie nocturne. C’est elle, du reste, qui m’a fait quitter mon appartement il y a déjà un certain temps. Je ne supportais plus ce bruit interminable, ce côté glauque de la nuit. Cela dit, pour le travail dans la journée, le Vieux-Lyon reste très agréable à vivre.
Je connais la Renaissance du Vieux-Lyon depuis longtemps, ayant été voisine du siège actuel de l’association. Et puis, je rencontrais souvent Annie et Régis Neyret, avec qui j’avais plaisir à m’entretenir. La RVL joue, bien sûr, un rôle très important pour la promotion du quartier, mais pas seulement : elle se préoccupe aussi beaucoup de la vie des habitants et s’efforce de faire entendre leurs souhaits.

Serge Boissat, librairie Boul’Dingue, BD et disques d’occasion

8 rue du Palais de Justice, 69005 Lyon, 04 78 38 03 97, bouldingue@gmail.com, www.bouldingue.fr
Je suis né à Lyon. Après un intermède professionnel à Tarare, j’ai réintégré ma ville natale et le Vieux-Lyon, quartier que j’aime depuis toujours et dans lequel j’ai eu la chance de pouvoir m’installer dans un appartement au loyer modique, donnant sur le quai Romain Rolland.
Pour me rendre dans la première boutique que j’avais ouverte rue des Trois-Maries, je n’avais qu’à emprunter la traboule traversant mon immeuble ! Pour moi, travailler et habiter dans le quartier était un lien essentiel. Il l’est resté.
À cette époque, ce quartier magnifique par son architecture était encore complètement abandonné. Il avait même failli disparaître. Aujourd’hui c’est tout le contraire, il y a trop de touristes… et moins de clients !
Au début des années 80, j’ai eu l’opportunité de participer à l’aventure de Radio Bellevue, puis ZAP FM (avec la salle de concert LE TRUCK) comme responsable d’antenne, tout en continuant mon activité à la librairie Boul’Dingue que j’avais ouverte à la fin de 1974.
Ensuite, nouvel intermède de 9 ans au Vietnam (merveilleux), et retour au bercail en 2002.
L’évolution du quartier, avec tous les nouveaux commerces qui n’apportent pas que du bon, m’a permis de développer une clientèle de non-Lyonnais, même si les hordes de touristes qui sortent des bus semblent considérer le quartier de Saint-Jean comme un zoo. Il est souvent difficile de se frayer un chemin parmi les groupes !
Malgré tout, je suis heureux de vivre et de travailler ici parce que j’aime, j’aime, j’aime ce quartier ! Si on me proposait de le quitter pour en choisir un autre je choisirais… le quartier Saint-Jean !

Panneau n° 15

avec Isabelle Joly Gospodinov, Marcel Jullien, Béatrice Fraisse et Elmone Treppoz et Sophie Agraphioty

Isabelle Joly Gospodinov, Music Leader Saint-Jean

68 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 78 92 92 52, musicleadersaintjean@yahoo.fr, www.musicleadergivors.com
Au printemps 2010, ma sœur et moi avons repris le magasin d’instruments de musique en succédant à notre père qui avait créé celui-ci en 1982, à l’enseigne de Saint-Jean Musique. Prenant sa retraite, il nous transmettait sa passion pour la musique et pour le commerce, ainsi qu’un vif attachement à un quartier riche, historiquement, et d’une beauté singulière. Au contraire de nombre de quartiers anonymes, le Vieux-Lyon a une âme, une vraie vie. C’est en même temps un lieu de passage de plus en plus fréquenté par des gens venant de tous les pays. Quand la ville se vide, en été, ce quartier reste plein de monde.
À deux pas de la cathédrale, donnant sur la rue principale, notre boutique est particulièrement bien placée et profite de ce passage, mais je constate qu’il y a de moins en moins de commerces autres que de bouche, au détriment d’un shoping diversifié.
Je trouve admirable que des gens s’impliquent pour mettre en valeur et faire vivre un tel quartier. La Renaissance du Vieux-Lyon se fait connaître ainsi par ses actions et ses démarches.

Librairie Cadence

62 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 78 42 48 21, cadence@free.fr, www.eklectic-librairie.com
Marcel Jullien, fondateur de Cadence en 1971 :
Ma première librairie se trouvait 6 rue du Palais de Justice. C’était le fruit d’un rêve. À cette époque, la restauration du quartier n’avait pas véritablement commencée, les prix étaient accessibles. Le lien entre travailler et habiter était, pour moi, évident, « l’arrière-boutique » servant de « lieu à vivre » comme dans de nombreux commerces d’alors.
Entièrement accaparé par l’activité « montante » d’une activité pas comme les autres, je n’avais guère le temps de me pencher sur l’histoire, ni sur l’architecture ou la vie sociale du Vieux-Lyon, mon souci principal étant d’y amener des clients. Ceux-ci sont venus et viennent essentiellement pour Cadence et non pour se promener dans un quartier qui, selon moi, a raté son « virage culturel », avec la disparition progressive des antiquaires, des brocanteurs, dont certains, comme Le Cousin Pons ou Melle Raymonde avaient imprégné les lieux de leur forte présence. 
Une plaquette intitulée Artisans du Vieux-Lyon, publiée alors, rend bien compte de « l’esprit du lieu » de cette époque. Cependant, c’est avec joie que j’ai vu d’autres libraires s’installer ici : Christian, fondant la librairie Diogène ; Jo, ouvrant Hérodote ; Serge et Boul’Dingue ; mais, avec Christian, nous espérions bien davantage ! »
Dorian, son fils, qui a pris le relais à partir du 1er janvier 2010 :
« Les réfections du quartier en font un endroit agréable et chargé d’histoire, qui peut attirer un public intéressé par la culture et la spiritualité (musée Gadagne, cathédrale Saint-Jean). Malheureusement, les commerces présents aujourd’hui sont trop souvent orientés vers la seule restauration (« bouchons », glaciers, bonbons, biscuits, alcools…), les sorties festives (pubs) et le tourisme. Ils manquent de diversité. Les artisans, eux, continuent de disparaître. J’observe cependant que l’augmentation du passage génère un renouvellement de la clientèle plus important que dans un quartier moins fréquenté. C’est pourquoi, je n’envisage pas d’aller voir ailleurs. »
Marcel, reprend le fil de l’entretien :
« On ne refait pas l’histoire, ni des individus, ni des lieux. On ne « manipule » pas les circonstances de l’histoire. Le tourisme « manipule », trompe : il n’y avait pas de « bouchons », ni de pseudo « bouchons » ici dans les années 1960 - 70, ni de marchands de bonbons chimiques colorés. Quelle triste image pour les vrais « touristes », en recherche de culture ! De quoi ce nouveau « Vieux-Lyon » mensonger est-il la vitrine ? Pour qui ? Mais la municipalité a réussi ses choix. Bravo ! Elle peut parler de réussite commerciale. Les cars de touristes déversent leurs contenus aux terrasses des restaurants et les Lyonnais déambulent en se prenant pour des « touristes ». Quel beau quartier ! Quelle belle réalisation ! La vraie vie ! »

Béatrice Fraisse et Elmone Treppoz, Librairie L’Étourdi de Saint-Paul

4 rue Octavio Mey, 69005 Lyon
En 2007, Elmone et Béatrice ouvrent cette librairie dans le quartier Saint-Paul. L’enseigne choisie fait un clin d’œil à Molière qui a créé ici sa première pièce de théâtre. Neuf ans plus tard, elles décident de se retirer après s’être assuré que l’activité qu’elles ont su développer va se poursuivre sous une nouvelle enseigne : La Virevolte. En juillet 2016, elles saluent celles et ceux qui ont poussé leur porte :
Amis lecteurs,
Enfin l'été!
Beaucoup d'entre vous, sans doute, ont déjà quitté la ville pour des cieux plus cléments…
Pour nous, voici venu le temps de quitter L'Étourdi, non pour l'été, mais définitivement.
En effet, nous cédons la place et la librairie.
Il y a neuf ans, nous avons créé L'Étourdi de Saint-Paul, neuf ans de rencontres, de lectures, d'amitiés nouées... La vie!
Aujourd'hui nous voulons simplement dire merci à tous les lecteurs, à celles et à ceux qui furent toujours à nos côtés pour que vive L'Étourdi, merci aux auteurs venus partager leurs mots le temps d'un soir, ou plus souvent, merci aux voisins de Saint-Paul qui nous rendaient visite comme on va voir un ami, merci aux enfants du quartier que nous avons vu grandir, merci pour tous ces rendez-vous.
Que ceux qui n'ont pas encore quitté la ville n'hésitent pas à nous rendre visite, nous serons là jusqu'à la fin de ce mois, date à laquelle L’Étourdi fermera ses portes.
Mais, dès la mi-octobre vous trouverez en la place une nouvelle libraire qui sera heureuse de vous accueillir à La Virevolte.
Bon été. Bonnes lectures.

Sophie Agraphioty, librairie La Virevolte

4 rue Octavio Mey, 69005 Lyon, librairie@lavirevolte.com, www.lavirevolte.com
Le 13 octobre 2016, après un réaménagement complet du local et de l'offre, La Virevolte succède à L’Étourdi.
J'ai commencé à fréquenter le quartier Saint-Paul il y a deux ans, et c'est une belle opportunité d'installer ma librairie dans le lieu que m'ont offert Béatrice et Elmone en cherchant une acquéreuse. J'apprécie à la fois l'animation et l'architecture ancienne qui caractérise le Vieux- Lyon, et, en même temps, Saint-Paul est légèrement à part, un carrefour entre le quartier ancien, la Presqu'île et la Croix Rousse.
J'ai fait la connaissance de la Renaissance du Vieux-Lyon grâce au Jeu Concours des 70 questions sur le Vieux-Lyon qu'est venu me présenter Philippe Carry, l'horloger de Sain-Paul. L’Étourdi avait prévu d'y participer et c'est donc naturellement que j'ai pris le relais.
Depuis l'ouverture, Olivier - mon partenaire dans cette aventure - et moi-même, nous nous sommes rendus compte avec bonheur de l'importance que cette librairie avait prise pour les habitants du quartier. Nous espérons prolonger ce travail pour faire de La Virevolte une librairie accueillante et animée, qui saura transmettre notre amour pour toutes les littératures.

Panneau n° 16

avec Joseph Molina et Christophe d’Hervé

Joseph Molina, potier

5 rue Jean Carriès, 69005 Lyon, 06 79 88 54 71, molinarius.j@gmail.com
J’ai choisi le Vieux-Lyon par esprit d’indépendance, mais aussi pour les pierres « magnifiques » donnant à ce quartier des capacités touristiques qui ne se démentent pas. Mon métier n’étant pas de première nécessité, j’ai besoin du soutien des amateurs de céramique, des collectionneurs et des touristes. Les traces humaines sur la pierre, c’est ce que je regarde avant tout. Et les êtres humains qui ont tracé, taillé et dressé ces pierres encore debout aujourd’hui. Si elles le sont encore, c’est certainement grâce à la Renaissance du Vieux-Lyon.
J’ai ici le plaisir et la satisfaction d’exercer mon métier comme dans un village que j’ai choisi et que j’apprécie. Je garde en mémoire l’accueil des voisins et des habitants qui venaient me dire leur satisfaction de voir un artisan s’installer dans un quartier qu’ils avaient connu occupé, en partie, par des artisans. Sur un plan plus personnel, j’ai eu aussi le bonheur de découvrir la double profession de Jean Carriès, un sculpteur et un céramiste exemplaire du XIXe siècle. Très modestement, je me sens un peu son héritier.
Grâce au tourisme, lyonnais d’abord, puis français, européen et, aujourd’hui, mondial, le Vieux-Lyon n’a pu que contribuer à l’essor de mon activité. Quand, par nécessité, il m’arrive de prendre ma voiture pour venir travailler, comme de nombreux Lyonnais, je me gare à Fourvière et, descendant les pentes, je me dis que ce quartier est vraiment un beau village. Y rester ? Oui, autant que faire se peut.
Son avenir me préoccupe. Ce que je redoute ? Le « trop ». Trop de restos, trop de glaces, trop de bonbons, trop de crêpes, etc. Certes, c’est le commerce, mais ça cache (gâche ?) « le goût du village ». À mon arrivée, en 1998, je n’avais pas eu cette sensation, malgré la forte activité et l’intérêt que ce quartier suscitait déjà. Je pense qu’aujourd’hui la charge est devenue visible, peut-être un peu trop…
J’ai connu la Renaissance du Vieux-Lyon par Bernard Birot, qui fut à l’initiative de la reprise du marché annuel des Tupiniers. Je ne la consulte que rarement, juste pour quelques renseignements. Son rôle, aujourd’hui, me paraît aussi important qu’à ses premières heures, en particulier face à cette économie invasive.
J’aime ce quartier… village… mondial, que l’Unesco a reconnu et inscrit sur ses tablettes.

Christophe d’Hervé, Reliure, Restauration, Création, Imprimerie typographique

42 rue Tramassac, 69005 Lyon, 04 72 56 10 92, reliure.dherve@gmail.com
Je suis venu exercer mon métier d’artisan dans le Vieux-Lyon en 1999. Je venais d’y trouver un local à loyer modéré. Mon impression première a été partagée entre la beauté, la richesse architecturale et historique de ce quartier et son côté délaissé et plutôt sale par endroits, notamment sur cette partie de la rue Tramassac où je venais de m’établir.
La venue du tourisme, si elle ne génère pas une augmentation de mon chiffre d’affaires, donne de la vie au quartier. La construction d’un parking souterrain à Saint-Georges m’a permis, elle, d’accueillir davantage de visiteurs.
J’apprécie la réfection des immeubles et la suppression des trottoirs, mais je reste dubitatif devant l’installation de « bites » destinées à empêcher le stationnement des voitures : elles sont aussi moches que leur nom.
Malgré ces réserves, je me plais bien ici et, pour rien au monde, je n’en partirai. Je ferai mon chemin jusqu’au bout.
Si l’avenir du Vieux-Lyon me préoccupe ? Oui, bien sûr. Encore faut-il savoir ce que les élus veulent en faire.
J’ai su l’existence de la Renaissance du Vieux-Lyon par Bernard Birot, qui fut un animateur important du quartier, mais je n’ai pas établi de relations avec cette association. Je n’ai aucune idée de l’importance de son rôle dans la vie du Vieux-Lyon.
Mon dernier mot : ce quartier n’accueille pas assez d’artisans. Je note même que quelques locaux commerciaux ont été transformés en logements…

Panneau n° 17

avec Jean-Jacques Fanjat, Stéphanie et Julien Pitrat

Jean-Jacques Fanjat, verrier

10 rue Mourguet, 69005 Lyon, 04 78 37 47 15, jeanjacquesfanjat@vitrauxfanjat.fr
C’est le hasard qui m’a amené dans le Vieux-Lyon. Le hasard et la nécessité.
En sortant du lycée, je regardais les Beaux-Arts avec envie, rêvant à « l’artistique ». Prenant du recul, je me suis autorisé à être artisan, toujours guidé cependant par cette dualité artisan / artiste. Et je suis devenu peintre verrier.
À cette époque, pour des raisons économiques, les ateliers du vitrail se trouvaient soit à la Croix-Rousse, soit dans le Vieux-Lyon. De 1966 à 1969, j’ai travaillé à la Croix-Rousse, dans un atelier, le jour, et aux Beaux-Arts, dont je suivais les cours du soir, me construisant peu à peu par ce double apprentissage.
En 1970, l’atelier créé en 1850 par Paul Campagne au 10 rue Mourguet m’a accueilli. Henri Robert, maître verrier, et son collaborateur, Marcel Simonnet, ont appris la finesse du travail bien fait au jeune diplômé du CAP que j’étais. En 1976, Henri Robert se retirant de la vie active, j’achète l’atelier. J’y suis encore. Hasard et nécessité de la vie donc, indépendamment de toute attraction particulière pour tel ou tel quartier.
Pourtant, depuis ma place, j’ai pu observer l’évolution de celui dans lequel je suis depuis 40 ans, un quartier où, avec le développement accéléré du tourisme, la vie de ceux qui y habitent ou y travaillent est peu à peu étouffée. Sans être passéiste, ni nostalgique (je ne dirai pas : « c’était mieux avant ! »), je déplore l’installation d’un déséquilibre qui me semble irréversible. 
Certes, le tourisme apporte de l’activité (plus saisonnière que permanente), mais ce n’est pas, ce ne peut pas être cette activité, visant essentiellement à « attraper des gens de passage », qui génère ce que j’entends par une « vraie vie de quartier ».

Stéphanie et Julien Pitrat, L’Art-Elier-Vitrail

23 rue du Bœuf, 69005 Lyon, 04 78 37 43 21 ou 06 63 68 64 81, lartelier-vitrail@wanadoo.fr
Nous sommes ici depuis octobre 1999. Nous étions à la recherche d’un local bien placé, donc visible, dans un cadre historique. Le quartier Saint-Jean est particulièrement beau et reconnu dans le monde entier pour la richesse exceptionnelle de son patrimoine. Nous avons habité à proximité de la boutique atelier jusqu’en 2013.
Notre activité a pu se développer facilement grâce aux commandes faites sur place par des commerçants, pour leurs enseignes, et grâce au tourisme qui nous apporte une clientèle importante, parfois lointaine (Australie, États-Unis, Russie, etc.). 
La réfection des vitraux de la cathédrale Saint-Jean m’a aussi permis, en y participant, de me sentir en communion avec l’édifice et d’apprécier le privilège qui m’a été donné de découvrir le quartier comme peu de personnes ont pu le faire.
L’architecture liée à une longue et riche histoire de la ville n’empêche pas que nous nous sentons ici comme dans un village. Il y a une véritable entraide entre commerçants, artisans et habitants du quartier.
En un peu plus de seize ans, nous avons assisté à une évolution positive de la rue du Bœuf. Les commerces vont dans le bon sens, ils se sont embellis. Nous regrettons que les groupes de touristes ne portent pas davantage d’attention à eux.
L’avenir du quartier ne nous préoccupe pas vraiment. Toute chose doit évoluer et, en conservant la qualité de son patrimoine comme c’est le cas aujourd’hui, ce quartier ne peut qu’aller dans le bon sens.
Nous avons connu la Renaissance du Vieux-Lyon grâce à l’association des commerçants du Vieux-Lyon (ACVL). Nous savons ce que nous devons aux actions menées par la RVL et nous faisons confiance en sa vigilance. Notre vœu le plus cher est de voir l’activité des artisans d’art se développer encore.

Panneau n° 18

avec Dan Ohlmann et Aurélie Moreau

Dan Ohlmann, 60 ans, miniaturiste et directeur du musée Miniature et Cinéma à la Maison des Avocats

60 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 72 00 24 77, contact@museeminiatureetcinema.fr, www.museeminiatureetcinema.fr
En octobre 1989, j'ai planté le chapiteau d'exposition de mes miniatures sur la place Saint-Jean. À cette époque, j’allais d’une grande ville à une autre à travers toute la France.
Or, j'ai eu un véritable « coup de cœur » pour Lyon. Quelques Lyonnais l’ayant eu aussi pour moi, j’ai pu aisément mettre fin à mon itinérance et m’installer 2 rue Juiverie dans l’ancienne gare du funiculaire reliant Saint-Paul à Fourvière. Ce local appartenait aux TCL, il était à louer. En janvier 1990, j’ouvrais là le Palais de la Miniature.
Le quartier Saint-Paul m’a tout de suite énormément plu. Je venais de vivre deux ans à Paris, souffrant de l’immensité de la ville et des difficultés qui s’en suivent dans les relations humaines. Ici, au contraire, j’ai aussitôt bénéficié avec ma famille d’un accueil formidable et chaleureux. À Saint-Paul, tout le monde se connait et la vie y est affective.
J'ai également profité de la présence de personnes âgées qui m'ont raconté beaucoup de choses sur le lieu dans lequel je vivais, sur le quartier, sur les commerçants et sur la vie d'autrefois.
Ces personnes, aujourd'hui disparues, étaient de véritables mines à souvenirs, elles étaient la mémoire précieuse du quartier, toujours prêtes à m’apprendre des choses troublantes et émouvantes sur certains lieux comme l’Hôtel Celtic (aujourd’hui transformé en Collège Hôtel) qui fut un lieu terrible de la Gestapo, mais aussi sur la vie dans les caves chaque fois que retentissait la sirène annonçant un bombardement.
Pour moi, c'est important d'habiter à l'endroit même où on travaille, car un quartier ne doit pas être mort. Trop de gens ferment leurs boutiques et partent à 20 km pour rejoindre leur famille. L’ambiance de la rue s’en ressent, sans enfants, sans causeries entre voisins quand tombe le soir. Dans les années 80, nous avons apporté de la vie et exorcisé fort heureusement par nos rires certains lieux trop marqués encore par les difficultés du passé.
En fondant un musée rassemblant mes créations dans le Vieux-Lyon, j’ai eu le sentiment d’apporter quelque chose à ce quartier beau et patrimonial. Et puis, là où il y a du patrimoine, il y a des visiteurs. La clientèle du Vieux Lyon n'est pas la même que celle des plages, ce sont des gens qui aiment l'Art et les pierres anciennes. Ces visiteurs ont toujours été très attirés par les musées.
Je suis peut-être naïf, mais il m’a semblé que les Lyonnais ont toujours adoré « leur Vieux- Lyon ». Ils le visitent souvent et y amènent leurs amis, ce qui est très bien pour celui qui s'y installe. Mon activité de musée existe depuis maintenant 20 années. Elle avait un grand besoin de cette clientèle fan de patrimoine. De plus, les Lyonnais sont friands de lieux insolites, de trésors secrets à fouiller. Mon petit Palais de la Miniature correspondait à ce qu'ils aimaient pour les sorties cocasses du Week End !
En revanche, je supporte mal l'incessante et mauvaise qualité des musiques de rues qu’on entend dans le Vieux-Lyon. Bien des musiciens sont d’un niveau très moyen, trop répétitifs, mais, surtout, ils usent de manière inacceptable d'instruments amplifiés.
J'ai habité dans la superbe ville de Sarlat dans laquelle avait été créé un comité de sélection formé de vrais mélomanes et de musiciens du Conservatoire. Tout musicien de rue devait fournir un CD présentant son travail. S’il était accepté, c’était sans aucune amplification et s'il ne faisait pas du mauvais « casse tympans ». Quel plaisir c’était de déambuler dans Sarlat avec de belles musiques, et quel atout important pour les touristes !
Malgré ces réserves, je resterai pour toujours ravi d'avoir eu la chance de vivre dans un aussi beau quartier Renaissance, ressenti comme un « village » en pleine ville par ceux qui y habitent. Tellement de gens vivent dans des lieux peu pittoresques et trop tristes...
Le Vieux Lyon est une merveille, mais il serait grave que celle-ci soit visitée avec la même surpopulation que celle qu’on rencontre au Mont Saint-Michel. Or, depuis 20 ans que je suis ici, je constate que la rue Saint-Jean rassemble la presque totalité des visiteurs alors qu'une bonne dizaine d'autres rues sont aussi des splendeurs à voir. À quand la mise en place d’une sorte « d’itinéraire des trésors du Vieux-Lyon », exactement comme il a été fait à Venise ou à Florence ? Toutes leurs ruelles sont investies par les visiteurs !
J'ai connu la RVL dès 1990, grâce à une visite dans mon atelier d'artisan, à Saint-Paul. Régis et Annie Neyret sont venus me saluer pour faire connaissance. C’est par eux que j’ai rencontré cette association et découvert les actions de toute une équipe passionnée de patrimoine. Les membres de la RVL ont une deuxième passion : le contact avec les habitants et l'intérêt constant de conserver la vie dans les trois quartiers afin de ne jamais faire du patrimoine un musée mort à visiter. Leurs fréquents contacts avec les artistes, les artisans, les commerçants, ont permis de faire de Saint-Paul, Saint-Jean et Saint-Georges des quartiers chargés de vie, très préservés, parce que leurs habitants sont consultés par les membres de l’association.
Enfin, c’est grâce à la RVL que je me trouve aujourd’hui installé dans la Maison des Avocats.
C’est elle qui m’a appris que l’immeuble, restauré par les avocats eux-mêmes au cours des années 1970, allait être mis en vente. Une mécène suisse, que mon travail passionnait et qui souhaitait m’aider, en a fait aussitôt l’acquisition. Cette Maison historique est devenue l’écrin qui accueille mes créations personnelles, celles de mes confrères, ainsi qu’un musée des décors de cinéma. C'est un lieu incroyable dans lequel je resterai.

Aurélie Moreau, sculpteur

1 rue Juiverie, 69005 Lyon, 04 72 07 82 28, sculptam@free.fr, www.amoreau.com
« Mon âme a mille ans, je n’ai pas d’âge. »
Ce qui m’a fait venir rue Juiverie, c’est l’amour, tout simplement. Je suis parisienne. En 1993, un Lyonnais m’a entraînée ici. Je suis tombée amoureuse de cette rue. Tout le monde m’avait prévenue que ce n’était pas une artère commerciale. On me conseillait de m’installer rue Auguste Comte. J’ai dit non. Les vibrations que cette rue dégage me plaisaient. Je ne voulais travailler nulle part ailleurs. Ici, je me sens en harmonie avec les pierres et je suis heureuse de montrer les sculptures que je tire du marbre, de l’albâtre, du granit, de l’onyx, mais aussi du noyer, du tilleul, ou du cerisier, suivant un savoir-faire qui n’a pas changé depuis le Moyen Âge et, sans doute, depuis plus longtemps encore. Je me considère comme un dinosaure.
S’il y a un évènement que je veux retenir, c’est le jour où l’on a mis « mon lion » dans la rue. Cette sculpture a été l’ambassadrice du Vieux-Lyon vers les rives lointaines de Macao. C’était en 2014, pour la Biennale « Lyon – Macao – Passion ». Je me souviens aussi des banderoles confectionnées avec les enfants du quartier. Nous avions intitulé cela : « Souhaits pour l’an 2000 ». Avec Dan Ohlmann et les enfants, nous avons également réalisé un « Arbre à souhaits ». J’aurais aimé qu’on puisse ériger un grand arbre métallique, articulé, pour la place Saint-Paul.
Ce que je ne supporte pas, c’est le manque de respect de ceux qui contemplent les façades, les belles façades, mais nous ignorent complètement. Ni les automobilistes qui n’hésitent pas à garer leur voiture contre nos vitrines, au mépris de ce que nous y exposons.
Si j’ai plaisir à travailler dans ce quartier, je ne travaille pas principalement pour lui. Je me débrouille en participant à des symposiums, je réponds à des commandes de clients qui me connaissent ou qui me découvrent par internet. Je donne aussi des cours de sculpture sur terre, sur pierre, ou sur bois. J’ai aménagé pour cela la cave qui se trouve au-dessous de ma boutique-atelier. Cela se passe le lundi.
Si j’envisage de rester ici ? Nul ne peut prédire l’avenir, mais je remercie chaque jour de pouvoir sculpter. Ce n’est pas un travail, c’est un sacerdoce. Le temps ne compte pas et je peux sculpter n’importe où. Je reste ici pour la vitrine.
Le Vieux-Lyon est un lieu chargé d’histoire et de mémoire. Les rois de France, mais aussi Philibert de l’Orme, Nostradamus, Molière, Voltaire, sont passés par là. J’aimerais que ces valeurs ancestrales se prolongent.
J’ai connu la Renaissance du Vieux-Lyon par quelques-uns de ses membres, Annie et Régis Neyret, Philippe Carry, Yves Neyrolles, qui suivent et apprécient mon travail. Je souhaiterais que la RVL contribue à mieux faire connaître encore la rue Juiverie, la qualité et la diversité de ses artisans.

Panneau n° 19

avec Vincent Jeannerot, Georges Damin et Marc Curial

Vincent Jeannerot, peintre, Aquarelles botaniques

4 rue de la Loge, 69005 Lyon, 06 11 07 90 16, vincentjeannerot@free.fr, www.vincentjeannerot.fr
J’ai décidé de m’installer dans le Vieux-Lyon après avoir fait plusieurs expositions temporaires au cours desquelles j’ai ressenti un véritable attrait pour ce quartier. J’habite et je travaille donc ici depuis 2012, partageant avec mes voisins le quotidien d’une vraie vie de quartier dans un lieu chargé d’Histoire.
Je manque de recul pour juger de l’évolution de celui-ci. En tout cas, je suis absolument satisfait de mon implantation ici, où je dispose d’une vitrine ouverte sur le monde. J’y suis, j’y reste, définitivement.
Je n’ai pas de relation avec la Renaissance du Vieux-Lyon, que je découvre à l’occasion de cette exposition. J’imagine qu’elle agit pour la conservation d’un site classé, et donc protégé.
Même si je déplore la présence trop fréquente et nombreuse de véhicules stationnés (surtout rue Juiverie et rue de Gadagne), j’adore ce quartier et c’est un vrai bonheur de venir chaque matin pour y poursuivre mon travail de création. J’invite, du reste, les amateurs à venir s’exercer à mes côtés dans la voie que je me suis choisie, l’aquarelle botanique : je suis prêt à leur faire partager ma passion et à les conseiller.

Georges Damin, peintre

25 rue Saint-Georges, 69005 Lyon, 06 81 85 41 94, geodamin@numericable.fr, www.damin.fr
J’ai acquis mon atelier au cours des années 1970.
Étudiant, je dessinais montée du Gourguillon et rencontrai par hasard la personne qui me donna la chance de m’établir dans le quartier. Ce fut mon havre de paix, je l’occupais et l’occupe encore entre deux voyages.
Autrefois, dans le voisinage, il y avait déjà un antiquaire et la très célèbre « Galerie Saint-Georges » de Madeleine Mermillon, qui exposait de nombreux artistes lyonnais.
Il passe des touristes, notamment des Japonais qui photographient ma devanture bleue. Sur rendez-vous, je fais visiter l’atelier pour montrer la rétrospective de mes œuvres.
Saint-Georges reste un quartier tranquille, authentique et verdoyant, avec la place Valensio. Des cabinets d’architectes et quelques artistes peintres s’y sont installés. De nombreux pubs se sont ouverts, ainsi que des restaurants qui font terrasse l’été. 
Je suis très satisfait d’avoir pignon sur rue au 25 rue Saint-Georges, je souhaite rester ici, les quais de Saône m’inspirent.
J’ai souvent la visite de Lyonnais et de personnes de l’association Renaissance du Vieux-Lyon, qui découvrent, avec étonnement, le peintre en son atelier.

Marc Curial, peintre de Pin Up

3 rue Juiverie , 69005 Lyon, marc.curial@orange.fr, www.marc-curial.com
J’ai quitté la Croix-Rousse pour venir rue Juiverie parce que j’ai trouvé là un grand local et une vraie vitrine sur le monde. J’ai choisi d’y habiter pour vivre pleinement le quartier. Outre le tourisme, j’ai découvert ici une vraie vie de quartier. Cette installation a aussi permis un développement de la connaissance de mon travail et une ouverture sur le monde. J’ai bénéficié de plusieurs reportages à la télévision, sur des chaînes nationales ou régionales. Je participe ainsi à la promotion de la rue Juiverie et, à travers elle, de tout le Vieux-Lyon.
Mon seul regret est de voir s’installer des chaînes de magasins comme on en trouve partout, alors qu’il me semble important de garder une authenticité au travers des commerçants, des artisans et des artistes locaux.
J’ai connu la Renaissance du Vieux-Lyon par son Journal et par l’un des ses anciens présidents que je rencontre souvent. J’apprécie les actions de cette association pour la sauvegarde de l’architecture.

Panneau n° 20

avec Françoise Charmet, Emmanuelle Bastide et Jean-Yves Loude

Françoise Charmet, Boulangerie du Palais

8, rue du Palais de Justice, 69005 Lyon, 04 78 37 09 43
J’ai repris cette boulangerie en 1997. Cela me plaisait de m’installer dans un quartier remarquable par son architecture, son côté atypique.
Parce qu’il est très fréquenté et visité par des touristes de plus en plus nombreux, le Vieux-Lyon n’a pu que favoriser mon commerce, mais je considère que je le lui ai bien rendu en donnant un cachet singulier à cette boulangerie. Son succès ne se dément pas et m’incite à rester ici durant bien des années encore.
Je ne saurais dire si l’avenir de ce quartier me préoccupe, tant il me semble évident qu’il ne peut que continuer à être ce qu’il est devenu.
Ce que j’apprécie particulièrement dans les actions développées par la Renaissance du Vieux-Lyon, c’est le souci de mettre l’art en avant. L’art, la beauté, sont les vraies valeurs de ce quartier.

Emmanuelle Bastide, Mandragore, boutique médiévale

52 rue Saint-Jean, 69005 Lyon, 04 72 41 99 16, www.boutique-mandragore.com
J’ai ouvert cette boutique en 1996, aménageant un local situé au fond de la cour, à l’arrière du commerce tenu par ma mère. Pour moi, habiter ici était secondaire : c’est surtout mon activité qui a un lien avec le Vieux-Lyon.
J’ai grandi dans ce quartier, que je considère comme le plus beau de Lyon. Quand je me suis installée, il y avait encore une vraie vie de quartier, avec des commerces de proximité. Les Lyonnais et les touristes affluaient ici surtout le samedi et le dimanche. Le Vieux-Lyon est l’écrin qui donne sa cohérence à mon activité centrée sur le Moyen-Âge.
Je constate aujourd’hui la présence de plus en plus nombreuse de visiteurs étrangers, attirés par le pittoresque, par la Fête des Lumières, etc. Par contraste, les Lyonnais, qui fuient les touristes, se font moins nombreux. Je souhaiterais qu’il y ait plus de commerces « utiles » et je regrette l’apparition de magasins « de chaînes » comme on en trouve partout. Trop de glaces et trop de crêpes aussi. En revanche, un manque cruel de bancs, de poubelles… Malgré cela, je suis contente de mon installation ici : si le public a changé, le quartier reste un lieu très visité et donc salvateur pour mon activité.
L’avenir du Vieux-Lyon me préoccupe en tant que propriétaire de mon commerce.
La Renaissance du Vieux-Lyon est ma voisine. Comment l’ignorer ? D’autant plus qu’elle a joué un rôle important pour moi lors de mon installation, en m’aidant à obtenir l’autorisation d’ouverture d’une échoppe en fond de cour. À ce propos, je tiens à remercier une fois encore Annie Neyret qui, à l’époque, s’est bien « battue » et a obtenu gain de cause.

Le Marché de la Création a été créé le 13 mai 1979 à partir d’une idée de Jean-Yves Loude

Jean-Yves Loude, écrivain voyageur, ancien rédacteur en chef de Lyon Poche, avait développée dans le Livre Blanc de la Culture ouvert par Jacques Moulinier, après la mort de Louis Pradel, pour établir un changement d’ère.
Michèle Griffon, qui en fut la première « commissaire », est décédée en août 2016. Rendant hommage à la disparue, Jean-Yves Loude, évoque les débuts de ce Marché unique en Europe :
« Le Marché fut immédiatement victime de son succès. Le public répondit avec un tel plaisir que la Ville de Lyon ne jugea pas utile, dans les premières années, de l’encadrer ni de faire respecter une « règle du jeu » indiquant clairement que ce Marché était destiné à la création artistique. D’où de rapides débordements. Disons que pendant huit ans, je fus quasiment seul à affronter (bénévolement) les demandes de participation, devant faire le tri entre créateurs et opportunistes bimbelotiers. Sachant qu’aucune autorité n’était désignée, le dimanche matin, pour faire respecter les décisions prises. Ces dérives du début de l’histoire du Marché obligèrent l’adjoint à la Culture de l’époque, André Mure, à réagir et à prendre la décision de créer un poste de commissaire permanent, assisté d’une commission ouverte à des personnalités influentes et reconnues du milieu artistique à Lyon. Afin de rendre au Marché de la Création sa vocation première et singulière de galerie d’Art hebdomadaire à ciel ouvert.
La tâche de Michèle Griffon était immense en 1987. Il fallait à la fois faire respecter les principes du Marché, éteindre les querelles, décourager les installations sauvages du dimanche à l’aube, faire preuve de pédagogie auprès des postulants, orchestrer les commissions, expliquer les refus en vue d’une amélioration des dossiers, accompagner les artistes dans leur évolution.
Michèle Griffon, qui avait été galeriste, plongea dans la bataille avec une énergie rare. C’est sous sa responsabilité que fut publiée une série de cartes postales pour promouvoir la qualité des exposants. Nous négociâmes ensemble avec la Ville de Lyon le tirage d’affiches annuelles pour les raquettes Decaux destinées à l’amélioration de l’image du Marché de la Création et à son rayonnement.
Elle n’hésita pas à établir des passerelles entre le Marché et le monde des galeries pour effacer un sentiment de concurrence, palpable à cette époque. De nombreux exposants purent passer d’un espace à l’autre. C’est ainsi que de jeunes artistes connurent leur envol et une réussite amorcée sous l’allée de platanes du quai Romain Rolland.
Après elle, se sont succédés Christiane Guillaubey, Marianne Czarniak-Duflot et Franck Rollier.
Aujourd'hui le Marché appartient au patrimoine de Lyon ; il prend place parmi les lieux d'intérêt pour les visiteurs étrangers. C'est un lieu de palabres et de convivialité, d'échanges et d'humanité, sous les platanes, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il fasse doux et serein, qu'il neige ou qu'il tombe un plein soleil. 
Pour longtemps. Je l'espère. »


Nous tenons à remercier chaleureusement tous ceux, adhérents et bénévoles, habitants, commerçants, artisans et artistes, sponsors qui, d’une façon ou d’une autre, ont contribué à la réussite de notre 70e anniversaire.